10 octobre 2006

Quand je serai grand je ferai "Berbère"

Cela devait faire une à deux heures que nous marchions dans "l'Alfa" une herbe haute qui pousse dans le sud marocain.
J'avais 8 à 9 ans et je suivais sans peine mon père à la chasse au lièvre ou parfois à l'outarde.
Devant nous Toto, notre épagneul, allait et venait, le nez au ras du sol à la recherche d'une odeur salvatrisse et encourageante. Rien, et pourtant Toto était le meilleur, et si lui ne trouvait rien, personne ne trouverait quelque chose. Les marocains le surnomaient "el Marlem"(le meilleur).
Les plaines d'alfa dans le sud marocain s'étendent à perte de vue, ce qui rend la chasse au liévre particulièrement difficile, sa chance c'est l'alfa qui le dissimule et le rend quasi impossible à tirer.
Soudain, venus de je ne sais où, un homme à cheval accompagné de son "sloughy" nous apparurent là! devant nous! Nous ne les avions pas vus arriver et encore moins entendus. J'étais à la fois effrayé par cette subite apparition, mais aussi subjugé par cette vision.
Il était perché là-haut sur un magnifique pur sang arabe noir, lui en blanc avec le "Turbouch" autour de la tête, son sloughy maigre comme deux cailloux attendait impatiemment en tournant autour du cheval, et semblait faché de s'être arrété.
"salam arlicoum"
"arlicoum salam" lui répondit mon père
"Choufti knine ?"(as-tu vu des lièvres) demanda-t'il, fier comme son cheval qui trépignait sur place.
"La walou"(rien du tout), a bien était obligé de constater mon père.
"Machi Toto el kelb?"(c'est pas Toto ce chien ?)
"ya "(oui), mon père resta bouche bée, Toto était connu de ce nomade!
"enta Maurice?"(alors toi t'es Maurice) conclut le cavalier.
Je n'avais rien manqué de cette conversation, je m'extasiais toujours devant ce que je voyais, rien ne me subjugait plus que ce cheval, ce berbère et ce chien!
"Choufe lai!"(regarde là-bas!)
Je n'eus pas le temps de comprendre qu'il était déja loin, le cheval au galop, il exitait son chien. Il venait de voir un lièvre!
En quelques secondes, ils disparurent, aussi vite qu'ils nous étaient apparus.
Aprés avoir repris mes esprits, je demandais à mon pére :
"C'est qui ce monsieur papa ?"
"Je ne sais pas."
"Mais lui, il te connait!"
"Non, il connait Toto, pas moi, ces gens sont des Berbères nomades, tu vois il avait avec lui sa plus grande richesse, un cheval et un "Slougy" .
"Et bien moi quand je serai grand je serai Berbère!"
Mon père éclata de rire, me tapota la tête et me dit "t'es un marlem fiston"
Fier de sa remarque, nous terminions la journée, je ne sais plus si Toto nous a reniflé un lièvre et si mon père en avait tiré un.
Je savais maintenant ce que je ferai quand je serai grand!

1 commentaire:

denis a dit…

ton histoire fait resurgir des souvenirs bien lointain dans ces plaines du sud
mais une question ne sommes nous pas comte tenu des voyages que nous avons fait, un peu berbere
de plus imagine que ta moto remplace le cheval
nous partons sur nice ce jour mais je passe par clermont ferrand, ce sera donc avec plaisir que nous nous inviterons un peu plus tard
la réciproque est d'ailleurs vrai et la periode des coquilles st jacques commence a bientot
denis