17 octobre 2007

Mes années France (épisode 10)

Il venait d’avoir 59 ans et une nouvelle vie s’ouvrait devant lui. Je dirais plutôt se refermait subitement sur lui. Tous les rêves qu’il avait pu échafauder depuis son Maroc tant aimé, partaient inexorablement en fumée.
Nous avions tous besoin du contenu de ces caisses. Non pas le matériel, ou les objets qu’elles contenaient, mais bien la part de notre vie qu’elles renfermaient. Nous aurions pu de temps à autres, les consulter, les solliciter, les toucher, les aimer, les caresser d’un regard complice. Juste pour se dire que le courage vient avec l’espérance, et que de l’espoir nous en avions bien besoin, vitalement besoin.
La vie qui attendait mon père lui explosa subitement en pleine figure, et sa déflagration se fera sentir jusqu'à son dernier souffle. Ce qui l’attendait en France, serait bien différent de ce qui l’attendait quelques 40 ans plus tôt sur le port de Casablanca. Le Maroc à son horizon, rien que pour lui. Une valise vide, les yeux pleins d’espoirs.
Il nous dira toujours qu’il ne regretta jamais sa décision, toujours apostrophé par les « Tais-toi Maurice, tu ne sais pas ce que tu dis ! » de ma mère, qui ne manquait aucune occasion de tourner dans la plaie ouverte de mon père, son couteau finement aiguisé au fil de sa haine, et des années en France.
Avaient-ils désormais un avenir ensemble ? Etaient-ils seulement souhaitable de partager leur vide, ou devais-je dans l’urgence, grandir très vite ? Pour me fabriquer tout seul ! Avaient-ils le temps et l’amour de s’occuper de ce mouflet de 11 ans ?
Mon père seul était dupe, et voulait bien se convaincre qu’il avait eu raison. Nous ses fils nous ne le jugions plus, comme autrefois. Il avait décidé, point.
Nous respections………..par respect ! Tout simplement !
1er jour de classe communale en ce mois de printemps 1965. Deux grandes classes se partageaient une cour immense. Un tilleul trônait au beau milieu de ses majestueuses branches. Dans quelques mois il embaumera la cour. Je devenais le nouvel élève du « Groupe scolaire Lakanal ». Comme ma maison, j’étais fier ! Déjà !
Monsieur l’instituteur et sa femme étaient les maîtres incontestés de ce domaine de l’apprentissage des lettres, calcul, histoire….. Et aussi gymnastique, et de tous ce que les gosses avaient besoin d’apprendre. C’est pareil qu’au Maroc sauf qu’ici il n’y a pas les marocains. Faudra vite vérifier si Driss et sa baguette sont dans le coin.
« Bonjour les enfants, je vous présente votre nouveau copain, il se nomme Patrick et viens du ………….Aie ! Voila la honte qui me submerge, il va le dire et je serai la risée de ce peuple au regard moqueur, …….. « Du Maroc, comme moi. Je vous demande de bien l’accueillir chez nous ». Lui aussi était de là-bas, je serai à jamais protégé, personne ne manquera de respecter les paroles ce gentil instituteur.
Compte tenu de mon âge, presque 11 ans, j’aurais dû être au minimum en 6ème au collège à Foix. Mais le retard accumulé dés le début, les changements incessants d’école, et aussi j’avoue, de ma bien mauvaise volonté, avaient eu le dessus sur ma scolarité, et sur ma culture générale. Nul en mathématique, pire ! Rien à en tirer. En histoire ? Je n’en sais rien, je ne me souviens même pas si j’avais appris qu’au Maroc mon ancêtre était gaulois. Cela aurait bien fait rire Rachid l’arabe, Samy le juif ou Katchikas le grec, et moi le « Roumi »chrétien, fils de Marrakech. Tous frères et fils de gaulois français ! Croisés avec l’envahisseur Arabe de Poitiers ! Pourquoi pas !

12 commentaires:

lyliane a dit…

Moi qui suis du Nord,mes ancêtres étaient espagnols (les flandres ont été françaises sous Louis XIV)l'espagne avait été Marocaine (j'ai visité la merveilleuse Alambra à Grenade et j'ai vu la Koutounia à Marrackech qui est la soeur de la Giralda de Séville )on est peut être un peu cousin?

delphinium a dit…

N'as-tu jamais songé à publier tes mémoires? tu écrit tellement bien, c'est fluide, c'est plaisant à lire, il y a toujours quelques notes d'humour pour agrémenter le texte, pour donner quelques notes d'espoir dans ce quotidien si difficile. Je trouve que tu te remets très bien en tête les réactions du petit garçon. Sans doute es-tu resté ce petit garçon au fond de toi et je crois que c'est tant mieux finalement. Moi aussi j'étais nulle en mathématiques et pourtant j'ai trimé trimé. L'histoire, j'ai toujours adoré. L'envie de me mettre les choses en place, de comprendre pourquoi les choses sont devenues ce qu'elles sont. Merci pour ces beaux passages de ta vie qui me font penser que finalement il y a toujours des évènements innatendus qui peuvent jouer en notre faveur (cf l'instituteur qui vient aussi du...Maroc)
Bon WE!

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour
Delphinium
Merci beaucoup de toutes ces remarques qui me font très plaisir
Oui je pense depuis quelques temps transformer mes écrits en livre
Il faudra avant construire mon histoire
Et puis sans doute un parcours du combattant pour le faire publier
Mais je suis têtu je vais essayer
Il y a au moins 20 ans que j’avais envie d’écrire « mes mémoires »,le temps ne compte pas tu vois
Patrick
Amitiés

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour lyliane
pourquoi pas etre cousin
nous sommes deja amis de blog
merci de tes commentaires
patrick

Lhuna/Angélique. a dit…

Ton histoire est de plus en plus prenante . Elle se met en parallèle avec celle de ces enfants que j'ai dans ma classe . Ils viennent d'horizons différents mais je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression qu'ils se sentent bien de chez nous même s'ils repartent avec leurs parents pour les congés on sent chez la plupart d'entre eux un soulagement certain à revenir ici où ils se sentent à l'aise.
Je sais que tout tes lecteurs ne seront pas d'accord avec ce que j'écris, je ne l'aurais pas dit il y a quelques années, aujourd'hui il y a un changement "visible" chez ces jeunes enfants .

Fabrice a dit…

Bonjour Patrick,

Ton épisode 10 sur ''tes années France'' comme les 9 qui précèdent ne peuvent m'empêcher de te comparer à Joseph JOFFO qui comme toi a couché sur le papier ses souvenirs d'enfance. La totalité de ses ouvrages ou presque évoque son enfance et son adolescence.
Son célèbre ''sac de billes '' fut peut-être son plus grand succès et traduit par la suite au grand écran.
Tout comme toi Patrick, bien que français, j'ai une immense affection pour le Royaume du Maroc, pays doté de tant de richesses, dont la première est celle du coeur.
Excellent dimanche Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Ilhuna
Je vois que tu as décidé de signer aussi de ton prénom, tu vois je suit aussi ton blog
Je suis très heureux de voir que ce blog te plait, c’est un encouragement à poursuivre.
Je ne peux qu’être entièrement satisfait de ta dernière remarque,
Le plus bel outil d’intégration est bien l’école
Sans école nous construisons les terreaux aux extrémistes de tous bords
Et il y en a bien dans « tous les bords »
Amitiés
Patrick

david santos a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
david santos a dit…
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S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Quand on se marie, jeunes on a souvent des envies, des projets, des rêves à réaliser. En milieu de parcours, on résiste, on se fait des concessions, on veut se prouver qu'on avait fait le bon choix, mais on commence à douter. Quand on devient un ancien jeune (pour ne pas dire vieux ou un gâteux) on devient vulnérable et coléreux et on chavire au moindre tangage surtout quand la férule du destin y met son grain de sel. On devient sénile et on oublie même le nombre de fois où on s’est fait des déclarations d’amour. On devient petit à petit des étrangers comme au jour où on s’est rencontré. Ainsi va la vie, des hauts et des bas, des ruptures, des soudures…. On dit chez nous, quand une union est stable c’est que la balance penche d’un seul côté !!!

Dans ton récit tu décris bien ces choses là en filigrane. Déjà à onze ans tu sentais le vide qui se creusait…
Captivant et réaliste, bon courage

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour S.Abdelmoumene
bien u, je crois que j'ai grandis bien vite, comprenat tres tot qu'il fallait s'assumer seul
non pas que je sois abandonner,mais il me manquait une chaleur humaine,seulement humaine
amities
patrick

Cergie a dit…

Bonjour, Patrick

Tu t'es cru seul et d'être comme ton instit t'a fait redresser les épaules. On n'est jamais seul. On a tous qch en commun. Regarde, toi et moi. Petit à petit on a découvert plein de trucs qu'on avit en commun. Le tout est simplement de prendre le temps de se parler de s'écouter. Prendre le temps de s'intéresser les auns aux autres

Par exemple, j'ai des amis qui ont été confrontés à l'épreuve du cancer, et en en oparlant ils ont découvert que la coiffeuse était passée par là, le beau frère, la belle soeur etc...
Ou bien en regardant une photo on voit une trace sur un décolleté qui montre qu'on a posé un cathéter.

Moi, j'ai parlé sur mon blog de mon grand père qui avait eu sa vie gachée par la première guerre mondiale et qui en était mort 10 ans après en 1928, j'ai plein de visiteurs qui avaient aussi eu un grand père qui avait souffert aussi. Ou même dont on ne savait où était sa tombe.

On n'est jamais un cas isolés qd on est attentifs aux autres et lors qu'on sait aussi parler et communiquer, qu'on ne reste pas ds son coin.

PS : Delphinium et Fabrice sont à l'unisson avec ce que je t'ai toujours dit. Que tu écris très bien et devrais publier.
Là, tu rassembles les éléménts, tu pourras en effet donner de l'unité par la suite.