03 octobre 2007

Mes années france (episode 8)


La surprise de notre nouvelle habitation, celle qui devait faire de nous des français et des Ariégeois dociles et intégrés fut totale. Les reproches de ma mère ne manquèrent pas, et me sonnent encore dans les tempes. Nous séjournerons bien plus longtemps que prévu dans ce gîte humide de La Mouline, avant de transformer ce tas de ronces inhospitalier et sans âme, en une maison habitable qui sentirait bon la France.
La fratrie était réunie. Mon père avait battu rappel de tous ses fils. Claude, qui était rentré du Maroc avant nous pour ses études en terminale, passait sa deuxième partie du bac à Foix. Examen qu’il aura haut la main. Daniel, l’aîné, lui s’était installé du coté de Valence dans la Drôme. Il avait quitté le Maroc en 1957 après les émeutes douloureuses et sanglantes de Oujda. Les trois frères si rarement réunis, avaient pour mission de nettoyer la cour et de lui redonner son lustre d’antan. Nous étions tous heureux d’être enfin réunis et de vivre ces quelques jours si rares ensemble.
Scies, bêches, râteaux, faux, tapes amicales, et jurons, se bousculèrent pendant une semaine complète. Les passants curieux, un tantinet narquois, ne manquaient pas d’aller et retour rituels, pour mesurer avec nous l’avancement des travaux. Je ne me souviens pas que l’un d’entre eux ait tenté une phrase amicale, ne serait-ce que pour nous dire, « il fait chaud aujourd’hui, vous ne pensez pas. ». Connaissant mon père et sa jovialité légendaire, il aurait déballé notre pedigree à cette seule tentative de contact, et de chaleur humaine dont il avait tant besoin. Il se satisferait pour l’instant de vire avec sa famille, les outils à la main pour se fabriquer un futur.Viendra ensuite le temps des amabilités.
Enfin une allumette libératrice craqua, s’enflamma, et envoya dans sa fumée tout le malheureux passé de notre demeure enfin libérée. Après les ronces, il faudra s’atteler à démonter quelques bâtiments, encombrants, forts laids et en piteux états.
Je crus déceler chez elle un signe amical de reconnaissance. Elle respirait à nouveau grâce à ces drôles d’étrangers venus de si loin pour lui rendre sa splendeur et sa position d’antan. Les gens de la rue ne se moqueraient plus d’elle. C’est qu’elle avait gardée toute sa fierté dame ! Elle allait maintenant, j’en suis sûr, dés qu’elle le pourrait nous abriter du mieux que ses vieux os le permettraient, du vent, de la pluie, de la chaleur, de ses murs bien épais, mais aussi du bruit, et surtout des commérages qui ne manqueraient pas.
Car des vieux os, elle en avait. Nous découvrions une pierre sculptée juste au dessus de l’entrée, il y était inscrit 1739 ! Cette dame était née avant la révolution française. Je l’observais avec tendresse et me disais qu’elle avait dû en voir et vécu des événements dans ce petit village. Nous apprenions que notre maison avait toujours été la maison des maîtres du village, avant de terminer son agonie sous les ronces, pour on ne sait plus quelle raison. Elle avait aussi connu Lakanal, le député de la convention né ici tout proche à la Coupière, dont la statue trône à la mairie. Je devais absolument rechercher ce qui avait pu se passer cette année 1739, une bonne encyclopédie m’y aiderait.
D’abord, je cherchais Lakanal.
LAKANAL : Né à Serres sur Arget (c’est faux sa maison est à la Coupière, même si ce n’est pas loin) le 14 juillet 1762, mort en février 1845. Et en plus un 14 juillet. Cela ne s’invente pas au siècle de Louis XVI et de la prise de la Bastille.
Il fut député de l’Ariège et siégea au Montagnard, il vota la mort du roi Louis XVI.
Et bien ! Notre maison, ce n’est pas la maison de tout le monde ! Elle doit en connaître des secrets ! Il y a un trésor caché quelque part ! Parait-il ! Des passants s’arrêtaient enfin pour discuter un peu par curiosité plus que par l’envie. Ils nous disaient :
« Hum ! En cherchant bien vous trouverez bien quelque chose, cette maison a toujours était celle des riches du village ».
Ils appuyaient bien sur le « riche », histoire de nous faire comprendre que la coutume reprenait ses droits, et qu’ils avaient bien compris que nous étions riches et qu’ils n’étaient pas dupes de la façon dont nous nous étions enrichis là-bas aux colonies.

21 commentaires:

delphinium a dit…

Bonsoir Patrick. En vous lisant, on a vraiment l'impression que cette maison est de nouveau en train de vivre sous les travaux de gens enthousiastes qui veulent se reconstruire intérieurement en reconstruisant quelque chose de bien matériel. Une maison, c'est le lieu privilégié dans lequel la famille se retrouve, c'est le retranchement pour fuir les peurs extérieures et si en plus cette maison a une histoire, elle n'en devient que plus vivante.

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

En berbère on dit "TA DART" pour " LA MAISON", figure toi que DART est le radical de IDAR (Vivant), TOUDART (La vie) etc...C'est aussi simple que ça.
Cette bâtisse n'échappe pas à la règle, elle vit tant qu'elle est debout. Elle n'a de raison de vivre qu'en facilitant la vie à ses occupants qu'elle défend avec beaucoup de discrétion contre toute forme d'agressions. C’est la confidente et la complice inconditionnelle des maitres des lieux…..

* Excuse l’orthographe en berbère

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour delphinium
On se dit "tu"

comme tres souvent,tu vois juste,la maison sera notre depart dans cette nouvelle "colonie"
mais il faut la meriter
la belle est sauvage et se mefie du genre humain qui l'avait deja abandonner
nous on la gardera
a bientot
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour abdelmoumene
Merci pour cette leçon de berbère
Sais tu que je le parlais plutôt bien, et le marocain couramment
Signe fort notre l'intégration (et le mot n’est pas assez fort) fusion disons a ce pays
Patrick

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour,Patrick,Un tresor sous les ronces et la broussaille !Acheter une maison de 1739 c'est vraiment genial,votre pere etait un Maalam comme disent les marocains ;je crois que c'est une chance que de vivre dans une maison ayant un vrai passé.Glaner les renseignements ici et la ,faire des enquetes pour connaitre l' histoire des anciens habitants ca doit etre interssant pour la connaissance meme de la micrhistoire du village.Amities,NB vous avez un message Mr Akoujane sur le post de la hyene.

Lhuna a dit…

"L'intégration" un mot qui me semble toujours avoir été inventé pour dire à "l'autre" qu'il n'était pas là avant!
La Terre, dans les temps reculés était peuplée de nomades. Y-avait-il cette notion d'intégration? Sûrement pas! l'avidité et la cupidité qui font que beaucoup de terriens veulent avoir toujours plus que leur voisin font perdre toute notion de convivialité er de partage!
Ta maison sous les ronces est un symbole de renaissance, de vie et de partage!

Fabrice a dit…

Bonjour Patrick,

J'aime les détails croustillants de tes récits. En te lisant nous sommes de suite plongés et intégrés dans ton Histoire.
En ce qui concerne la richesse de chacun, tu ne pourras jamais empêcher jalousie et convoitise. Mais la richesse n'est-elle pas tout simplement relative au coeur de chacun et à son partage?
A quelle vitesse bat ce coeur? Pour qui bat-il? Pour quelle cause?
''Tes années France'' sont agréables à lire Patrick!
Continue stp.
Excellent dimanche

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Fabrice
Quelques mots qui me vont droit au coeur et qui font mouches
Des mots simples, sans pretentaine comme je les aime mais si bien ciblés et qui disent bien ce qu'ils veulent dire
Voila comment je viens de vivre ton commentaire
il est encourageant et donne des forces pour la suite
Amitiés
Et comme toujours au Maroc soit ici le bien venu
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour ilhuna
Bien vu "l'intégration c'est l'autre"jolie phrase et pleine bon sens (à garder)
Et bien vu aussi la maison sous les ronces.Et l'histoire que je raconte est vraie a 100 %,
Si j'avais été romancier je crois que je prendrai ton idée pour la développer
« Jadis cette maison recouverte sous les ronces BLA!BLA!BLA!!!!, aujourd'hui renaît ...........ect
Merci de ton passage
Amitiés
Patrick

Anonyme a dit…

Huummm! Avoir habité une maison qui ait une "âme" quel bonheur!
Chaque ligne nous plonge nous aussi dans le vécu de cette vieille demeure; les ronces et les vieilles pierres ne la rendant que plus attirante.
J'ai en tête l'image d'une plante "ratatinée" qu'on arrose et qui avec un peu d'attention devient resplendissante. Dommage que les voisins n'aient pas compris qu'avec un peu de chaleur humaine votre nouveau départ aurait été grandement facilité...
Bon courage pour la suite!
Josie

Lhuna a dit…

Ouaaahhh!!!! que de compliments!
Merci!
Ma journée va être plus légère, me voilà promue philosophe, inspiratrice et muse!
Je plaisante et je te souhaite une bonne semaine.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour josie
Je sais que tu reviens lire les commentaires de tes commentaires, alors comme aux autres je m'applique le plus possible
Belle image que celle de cette plante ratatinée que l'on arrose tous les jours pour la faire renaître après les mauvais traitements
Je vois là l'experte qui travaille dans une jardinerie et qui soigne méticuleusement son magnifique rayon
A bientôt
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour Ihuna
je l'ecris donc je le pense
amities
patrick

Cergie a dit…

Lakanal comme le lycée de Sceaux si réputé pour ses classes préparatoires littéraires, où il est si difficile d'entrer !
Et bien, tu m'as tant fait sourire ce soir, que j'aurais bien recommandé ce Patrick qui a comme outils de travail les jurons. AHAHA !
C'est vrai que si on n'avait pas de jurons, le travail avancerait moins vite
Avec aussi les tapes amicales quant à faire. La douceur et la rudesse associées...

L'ancienne maison qui date du temps où les serfs étaient asservis !

Et la façon dont on considérait après que par votre seul kabeur, la sueur de votre front et tous ces jurons. (C'est à dire votre travail à toute la famille) on soit jaloux de cette maison dont personnes ne voulait sans doute avant ds l'état lamentable où elle était...
Comme si vous l'aviez reçue dans un état impeccable sans lamériter


Dis moi, Patrick ? As tu autant de souvenirs et aussi frais du quart de finale au Stade de France ? C'était Ecosse-Argentine, n'est ce pas ? Tu pourrais en faire un message, je suis sûre que tu arriverais à nous régaler de détails croustillants et à nous le faire vivre comme si on y avait été à tes cotés...

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour cergie
to defi
sur mon autre blog
http://pasapas.blogs.marieclaire.fr/
a toi de juger
merci de ton passage et de ton idée originale
patrick

lyliane a dit…

Qu'elle belle histoire celle de cette maison, en tous cas vous étiez riche de courage et de bonne volonté!!

Cergie a dit…

Je revois mon commentaire... Je me demande si tu m'aurais trouvée sympa si tu m'avais eue à tes cotés !

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjor lyliane
merci de ton passage et de ton commentaire,im me fait penser a tous les gens qui disais de mon pere, quand il se sera integré a l'ariege
"maurice est un homme fabuleux ,riche d'esprit et de sentiment"
moi je crois qu'il est parti milliardaire d'amour pour les autres
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour cergie

Je te réponds sur mon autre blog, et merci pour la girl écossaise (c'est un secret avec cergie chut!!!!!!!!!)
Quand à savoir si je t'aurais trouve sympas si tu t'étais assise à cite de moi, je n'en sais rien, je pourrai dire "mais voyions cela ne se demande pas, bien sur" mais ma vielle éducation que tu connais est pire que le nez de Pinocchio, tu t'en serai aperçu rien qu'en me lisant
je vais te dire plutôt ce qui aurai fait que je t'aurai trouvée sympas
Cela n’aurai pas été un problème d’age
Souriante et discrète
Élégante, mais très simple
Voila cela suffit
Cela te correspond t’il ?

Claude a dit…

Bonsoir Patrick,

A chaque passage, je profite quelques instants de ce que nous livre tes souvenirs et tes tripes ...
Merci, c'est toujours un plaisir !

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour claude
c'est toujours agreable de recevoir tes commentaires
amities