20 janvier 2008

Mes années France ( épisode 23 )


De cette année là, je me souviens aussi de mon certificat d’étude. Je l’ai eu !
Non sans vanité, gloire débordante et enthousiasme, je me présentais le soir devant mes parents et attendais le bon moment pour leur annoncer ma première grande victoire. J’avais vaincu l’école qui ne me voulait que du mal. A l’époque, avoir son certif c’était important ! Le bout de papier qui change tout, le passeport, le papier qui faisait enfin de moi un gosse normal pas plus bête que les autres, je rentrais dans le rang. J’obtenais mon droit d’asile, de séjour, j’étais Français Ariégeois. Et Dieu sait si je voulais être comme tous. Je n’étais plus le pied noir rapatrié mais Patrick de Serres sur Arget le petit qui a eu lui aussi comme les autres, son certificat d’étude !
Je farfouille et triture le plus profond de ma mémoire à la recherche de cet instant magique et merveilleux bien enfoui. Je me désole de ne pas y trouver un sourire, une félicitation, un « bravo petit, nous sommes fier de toi ! »
Sans doute alors, suis-je allé dans ma chambre, blogger mon cahier intime et lui jeter en pâture père et mère. De rage !
Je rentre en 6ème,………………non plutôt c’est la 6ème qui m’aspire !
Ce qui me surprit le plus, c’est de ne pas avoir été inscrit au pensionnat, mais seulement comme demi-pensionnaire. Cela me parut louche, j’attendais avec appréhension, du jour au lendemain le contre ordre. Il n’était pas dans leurs habitudes de me garder si près d’eux. Mon passé douloureux de pensionnaire trop précoce m’en est témoin. Je ne me souvenais que trop bien des nuits sans nuits du lugubre lycée de Meknes.
J’en bavais intellectuellement, trop dure cette sixième !
Du moins, appelons cela plus simplement, je n’avais pas du tout le niveau. À 11 ans en sixième ce n’était déjà pas un exploit. Mais la faute à qui ?
Qui a oublié de m’envoyer à l’école pour ne s’apercevoir qu à sept ans qu’il était temps d’y penser !
Qui m’avait déraciné et rempoté chaque année dans des écoles différentes ? Midelt, Mibladen, Meknes, Serres sur Arget. Un terreau nouveau à coloniser tous les ans.
Je ne pouvais que leur en vouloir. De ma mère, je le comprenais, elle n’avait quasiment jamais été à l’école. Jeune, orpheline, elle apprit plutôt à garder les moutons en Auvergne que les tables de multiplication ou la littérature française. Une main d’œuvre bien peu coûteuse ! Juste le prix de la nourriture et du foin dans la grange qui lui servait de literie, pardon de lit douillet et de chambre à coucher spacieuse.
Mon père, par contre lui, était un puits de science ambulant, ce ne sont pas non plus les années d’études qui le forgèrent, mais il avait réussi son certificat d’étude en étant le second du canton.
A cette époque, 1915, un certificat d’étude valait sans problème un bac actuel. Des preuves ! Vous voulez des preuves ! Il aurait battu pour nombre d’entres vous et moi de même à la dictée de Pivot. Plus tard seule ma femme osait le provoquer en duel à la dictée, elle était secrétaire, et semble t’il excellait en orthographe. Je les revois tous les deux s’échauffant avant l’émission, lui tranquille, sûr de sa force et de son certificat d’étude à l’ancienne, elle bardée de diplôme à l’école privée « Pigier ».
Pivot arrive, le match commence, le stylo dans les starting-blocks, ils attendent. Pivot commence, le silence s’empare de la pièce. Moi j’avais toujours mal à la tête, ou bien avais-je un livre à terminer pour ne pas participer à ce duel dont je connaissais malheureusement l’issue fatale. C’est cela, j’avais toujours quelque chose d’urgent à terminer, et cela n’attendait pas. Je m’éloignais. Sournoisement, je les enviais. Du coin de l’œil, et du bas de ma honte je guettais cet homme à la télé qui parlait si bien. Il me faisait à nouveau penser à mon instituteur qui tentait par tous les moyens de nous guider sur la terminaison de mots en les prononcent bien intelligiblement, et insistant sur les terminaisons. J’aurais aimé être des leur, être de celui qui tente un jour la dictée de Pivot. Un rêve comme le voyage de la Mecque pour un Musulman, ou la route 66 pour un motard.
Posez les stylos. La correction.
Des Ha ! Ho ! Merde ! Et pourtant je le savais ! Des passés du subjonctif plus tard, et des participes passés ou présent placés avant ou après. Des choux, poux, cailloux, genoux, plus tard. Des verbes du 1er deuxième ou troisième groupe plus tard, et toutes les exceptions à la règle plus tard, et après avoir évité les piéges de l’académie française, mon père gagnait. Comme toujours. Sauf une fois. Ce jour-là il devait être ailleurs. La victoire modeste, il offrait toujours son coup à boire, et lancé un nouveau défi, à l’année prochaine !
CQFD le certificatif d’étude à l’ancienne, c’est du bon !
Il était incollable en histoire de France. Pouvait réciter jusqu'à la fin de sa vie, les cantons, chefs lieu de canton, les départements français
Il lisait tous les soirs en partageant à égalité ses longues lectures nocturnes avec un ulcère à l’estomac, et des crises de paludisme, vestiges de ses années marocaines, qui le rongeaient sournoisement peu à peu, en douceur, sans bruit.
Il était incollable sur les grands hommes, ou du moins ceux qui avaient marqué leurs temps, choix éclectique comme Napoléon, Jean Moulin, Lafayette, Pompidou, Churchill, De gaulle etc….
Lui aurait pu s’occuper de moi. Je comprenais aussi que le temps libre ou vacances ne faisaient plus parties de son quotidien, de ses préoccupations. Jamais arrêté, jamais en repos. De sa vie française, il n’est plus jamais allé à la pêche, ni à la chasse, et je ne me souviens pas l’avoir entendu dire qu’il prenait la journée pour se reposer.

20 commentaires:

lyliane a dit…

Bravo pour le certificat, mais il valait bien le bac de maintenant. Comme ils étaient durs mais courageux les gens d'avant! il n'y a qu'à les voir, le soir à questions pour un champion, tous des gens d'un certain âge.Bonne semaine.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour lyliane
questions pour un champion n'existait pas ,mais mon pere etait fada des chiffres et des lettres
merci de ton commentaire et a bientot sur nos blogs
patrick

Anonyme a dit…

Bonsoir Patrick,

Outre la moto, on a un autre point en commun... Le CERTIF !

Bonne soirée à toi
Claude
http://geleroyale.over-blog.com

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour claude
deux points communs et d'autres on n'ensait rien
merci en tout cas de ton message et de ton passage
patrick

La Fleur a dit…

C'est très émouvant cette histoire des deux générations. On se sentait souvent seul contre les grand. C'est bien de pouvoir se rappeler quand on était petit, c'est pour apprendre pour le futur si on peut.
Bonne continuation, je l'attends avec impatience
bisous La Fleur

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour la fleur
C’est avec beaucoup de plaisir que je t'accueille dans mon petit monde en compagnie de lecteurs habitués
J’ai voulu te rendre une petite visite et ton adresse de blog ne fonctionne pas merci si tu le veux de me la faire parvenir
Quand à ton commentaire, il est exact, mais sommes nous certains que notre expérience sert à être un meilleur adulte et parent, j'ai essayé en tout cas, seuls mes enfants pourraient témoigner
Reviens parmi nous quand tu veux
Patrick

Vincent a dit…

bonsoir patrick!
Oui je me souviens du "les moutonssss sontttt dans la foresst"
de Topaze.
bonsoir et à bientôt

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour vincent
j'avais oublié cette replique
merci du rappel
amities
patrick

lyliane a dit…

J'aime beaucoup regarder des chiffres et des lettres, mais les chiffres ce n'est pas mon dada.Bon week end.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour lyliane
pour moi ni l'un ni l'autre , je suis tres souvent absent a cette heure là
moi ce que je regrette, c'est apostrophe, a ce jour rien ne l'a remplacé
merci beaucoup de ta visite
amities
patrick

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Bravo, toujours égal à toi même. Bien écrit et trés attractif. La dictée de Pivot me rappelle qu'en en 1966, chez Takis ( Cinéma), un groupe de Français ( pour la plupart des professeurs du collège El Ayachi : M.Bardin, Mme Pelletier, Mme ALDAN. Mr Paturelle, Melle ARTEMIS..., et des gens de la mine Mr NENES, Mr Le Grignou, MR Bastides etc...) avait organisé une dictée des plus difficiles où les homonymes foisonnent. Feu Mon frère, alors fraichement bachelier en lettre moderne au Lycée Tarik à Azrou (en 1965)y avait participé et s 'était classé honorablement au milieu du tableau. Ce fût un temps où les gallicismes avaient leur valeur et cahaient leur volupté énigmatique dans leur secret graphique qui faisait glisser plus d'un lettré averti.

A bientôt

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour S.Abdelmoumene

Des personnes que tu as cité je connais NENES, mais je crois que c’était un surnom, et je parle de lui dans mon livre, c’etait un vrai comique, avec lui je suis allé voir a Casablanca un match de foot, Reims contre boca juiniors 1-0
Ce nenes travaillait au barrage ? C’est ça ; mais comment se nommait ce barrage ?
Et bien sur je connais Takis, il avait une sœur que tout le monde trouvait jolie
Bravo pour ton père, dans mon livre j’écris que parfois je battais les marocains au « tire boulette »mais que eux étaient devant moi en français
Merci de ton commentaire
As-tu reçu mon mail sur un extrait du livre « de vincenot » le sang de l’atlas
Amitiés

Cergie a dit…

Bonsoir Patrick, allez, je prends un moment ce week-end pour passer te voir. La semaine, la ronde infernale des blogs me happe et je me retouve à cavaler partout. La rançon d'avoir trop de copains qui en plus publient plus vite que leur ombre (heureusement de moins en moins le week-end)
Faut pas exagérer, j'ai eu moi aussi mon certif je crois tout de même pas qu'il valait le bac... de l'époque ou même de maintenant !
Pas de alngues, as de physique, de philo, etc etc. Algébre, géomètrie.
On ne peut comparer !
Tiens, ma fille en 6ème et ensuite a pas eu des cours de couture, elle ne sait pas faire une boutonnière. Par contre en techno, elle a appris à brancher la prise de sa cuisinière !
Et bien je trouve que l'égalité ce serait que les garçons fassent de la couture et sachent coudre un bouton et les filles de la techno....
En ce qui concerne l'orthographe, mon père n'avait pas l'orthographe facile et il a du lutter toute sa vie pour ne pas faire de fautes et je savais si il était pas bien car ses lettres étaient truffées de fautes. Moi je faisais moins de fautes. Ca c'est comme ça, une question de logique et à l'époque de ton père, plein de gens faisaient des fautes, c'est pas l'éducation qui veut ça, faut pas lui enlever son mérite à ton père !
AHAHA !
Ton père avait des soucis, le pauvre homme. Le mien ,lorsqu'il a été à la retraite, a repris en main mon + jeune frère parti pour rater sa vie. Il allait aux conseils de classe ce qu'il n'a jamais fait avant pour nous les ainés, faute de temps. Mon frère a eu son bac à 20 ans et cela ne l'a pas empêché de faire médecine. On n'est pas obligé d'être des prodiges.
Ce que tu as vêcu, cette vie de plantes passant de pot en pot (géniale cette image), ça ça t'as plus appris que d'avoir ton Certif plus jeune, c'est sûr et ça, pas grand monde peut s'en vanter. Savoir jeune vivre en dehors de sa famille, ça c'est une sacré force qu'il t'a fallu dévelloper.
Ca s'appelle l'école de la vie.

Bonne fin de week-end, Patrick
Et une bise à toi aussi

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour cergie
quel emploi du temps!
c'est un peu comme moi je ne suis pas toujours fidele, alors je concentre mes visites sur 10 blogs maxi en essayant de participer au mieux a leur vie, et bien entendu le tiens en fait parti
merci de ton com ,je pense moi au moins qu'en culture generale le certif de mon pere etait aussi important que le bac d'aujourd'hui, mais je pense deja comme les vieux
amities
patrick

delphinium a dit…

Cher Patrick, venir ici lorsqu'on a le coeur un peu fissuré est une grande leçon de vie. Avoir été baladé d'écoles en écoles t'a forgé le caractère et a permis de devenir l'homme que tu es. Tu sais, les hautes études, il ne faut pas croire qu'elles forment toujours des gens intelligents. Au contraire, elles forment des gens cultivés mais qui ne savent rien de la vraie vie. J'en connais des tas comme cela, bardés de diplômes, se croyant les rois de la terre mais quand tu creuses un tout petit peu, il ne reste rien, que du vent, et ce n'est pas avec du vent que l'on construit les plus belles choses. Je fais l'expérience de cela tous les jours, côtoyant régulièrement ceux que l'on appelle "l'élite du monde", "le monde académique". Mais alors, que de prises de têtes, que de délires sans nom et alors, la vie ce n'est pas cela, la vie c'est quelque chose de simple. C'est aimer sa famille, défendre son pays, avoir des valeurs. Et ton récit sur ton père nous le montre bien, il était cultivé ton papa, mais aussi intelligent car il a réussi à vous mener sain et sauf sur une autre terre, aux prix d'un grand déchirement intérieur. Et on appelle cela "un grand homme". Il me rappelle mon père, différemment. Mais mon père est pour moi l'exemple que je suivrais toute ma vie. Il a fait de la politique au niveau de son village, et les gens lui ont fait confiance. Jamais il n'a voulu grimper les échelons, arriver au niveau du conseil national ou même du conseil fédéral et pourtant il avait les épaules pour. Mais non, ce qui comptait pour lui, c'était les gens qui étaient à proximité de lui. Et c'est cela le plus important, faire des fautes à la dictée de Pivot c'est une chose, ne pas en faire c'est encore mieux, mais avoir le coeur de ton père, bien ancré là où il était, cela, ça vaut tous les intellectuels du monde. Je t'embrasse et merci encore pour ce bel épisode qui me donne un coup de fouet pour continuer à avancer sur le chemin de la vie. Cela sert aussi à cela les blogs. Encore merci

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Quleques réponses en style télégraphique.

-La centrale de Flilou ( Lieu où travaillait nenes)

-Artémis (Soeur de Takis)

- Je pense t'avoir répondu à ton mail. Mon frère et mes soeurs sont unanimes. Il n'y a aucun lien avec le Mehdi Abdelmoumen dont tu m'as parlé. Pure coincidence donc.

lyliane a dit…

Un petit bonjour en passant, j'ai lu les longs commentaires, ça enrichit mes journées.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour delphinium
merci beaucoup de ce long message tres humaniste
je te retrouve comme je t'imagine
et merci beaucoup pour tes sympathiques remarques
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour lyliane
quelle fidelite, je te remarcie
a bientot
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour S.Abdelmoumene
merci pour ces infos je vais les ajouter dans mon livre
as tu des nouvelles de Majid blala,je trouve son absence tres longue et ses commentaires manquent
amicalement
pâtrick