09 janvier 2008

Mes Années France (épisode 22)

L’école recommença. Jacques Brel fait ses adieux, California Dream me fait pleurer, Dutronc en réclame encore plus « Et moi ! Et moi ! Et moi ! » Belphégor hante mes nuits.
J’étais à présent chez les grands au CM2 et préparais mon entrée en sixième à FOIX. L’instituteur reprit son entreprise de construction, il bâtit peu à peu un môme puzzle en entier.
J’eus le droit cette année là à sa seule punition. Mes parents s’étaient absentés, je devais rentrer à la maison et me faire à manger tout seul. J’avais eu en récompense une pièce de un franc. Je crois même que cela ne m’aurait pas gêné qu’ils absentent tous les midis contre une pièce de un franc.
A la recréation avec ma pièce bien au chaud au fond de ma poche, je quittais l’école accompagné de mes amis. Nous étions attirés, aspirés même par l’odeur des friandises de la vielle dame de Serres qui tenait le bureau de tabac. Le dernier commerce avec l’épicerie sur la place du village. Ma première école buissonnière.
Nous entrons, la porte sonne, la vieille dame s’approche, je montre ma pièce :
« Je voudrai pour un franc de bonbons. »
« Un franc, d’un coup ? En une fois ? C’est beaucoup ! Tu es sûr ? »
« Oui madame. »
Je me demandais si elle n’était pas en train de penser que cette pièce je l’avais volée. Je n’avais jamais auparavant dépensé un seul centime de bonbons dans sa boutique.
« Alors, choisis mon petit » me dit-elle presque à regret, toujours méfiante. Sûr qu’elle en parlera à mon père, la mégère, je le vois dans ses yeux interrogateurs qui déjà me condamnent.
Devant nous des grands bocaux fermés, transparents, aguichants le chaland. Des couleurs, des odeurs, et la promesse d’un futur proche à « se niquer les dents » comme le dit si bien Renaud.
Du doigt, je montrais, Carambar, Malabar, pochettes surprises, réglisse en rouleau, en bâton, torsades ou pas, fourrés de rouge, de jaune, de vert. Mes yeux ne suivent plus mes gestes, ils brillent et mon ventre est gros du plaisir qui l’attend, je demande à mes amis
« Que voulez vous ?»
Nous recommençons. Des carambars, des bonbons durs, tendres, moûts, des qui font mal au ventre, des qui vous collent les dents, des qui sifflent, des avec un bâton au milieu. Des surprises à ouvrir,
Des ……………….………….
« Il me reste encore des sous, Madame. »
« Oui encore un peu, continue »
Le premier sac plein, nous attaquons le second. Non pas de gâteau ma mère m’en donne ! Du chocolat plutôt, en barrette, blanc et noir, des …..
« Stop, tu en as pour un franc, mon garçon. »
Ouf ! Nous commencions à nous fatiguer et la classe va bientôt reprendre !
Le partage commence, chacun, discipliné attend sont tour et sa poignée de plaisir.
A l’école, le maître nous attrape dès l’entrée, près du portail, la bouche pleine de ces nouveaux bonbons tout mous, les mains chargées du trésor, les yeux ronds et le souffle court de la peur qui soudainement nous tenaille l’estomac, à moins que ce soit les bonbons avalés en force, sans mâcher.
« Donnez moi ça Patrick, vous n’avez pas honte de gaspiller! »
Il me vola !
« Et j’en parlerai à vos parents. »
Il me tua !
Surtout ne pas en parler à mon père ! Il juge très vite, trop vite. Je suis déjà condamné !
Je ne pourrai lui expliquer que cette pièce de un franc c’était pour moi ma première liberté. Celle d’offrir aux copains, de décider tout seul. Ma première pièce, mon premier cadeau depuis le Maroc, j’en fais ce que je veux, c’est pas gaspiller c’est partager, donner, aimer.
Il n’en parla jamais à mes parents. A la fin de la journée, il m’appela, une fois seuls, lui et moi, il me tendit mes bonbons. Je ne me souviens pas de ma réaction, mais si je me connais bien, je n’ai pas du dire merci, trop fier ! Trop con ! J’ai du le regarder dans les yeux et accompagner ma gratitude d’un sourire rapide.
« Il fait le geste qu’il faut ce petit, il faut vite le détecter c’est tout » disait le vieux de Layrole.

31 commentaires:

Anonyme a dit…

En passage express , voilà pour toi , en te souhaitant Bonne Chance pour comme à Manu pour ton roman :
http://www.festivalderomans.com/festival_de_romans/index.html
Je crois fort en vous! Bises
Evelyss

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour evelyss
je te bremercie de tes encouragement, j'espere que pour manu et moi cette année sera la bonne
et a toi tous mes voeux de santé en premier
bises
patrick

Vincent a dit…

alut patrick
oulàlà!! j'arrive plus à suivre.
faut quej'y reste une matinée
bon week end

Fabrice a dit…

Beaux souvenirs que tu évoques Patrick! Avec cent centimes de l'époque, tu avais droit entre autre, à cent caramels!
Et puis Dutronc en offrant ''Paris s'éveille'' a aussi laisser la Chine s'éveiller (comme l'a écrit Peyrefitte je crois) pour passer de ses 700 millions de chinois et moi et moi... à près de 700 millions de plus ce jour.
Merci Patrick pour ce croustillant épisode de ''Tes années France''

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Vincent
Prends ton temps, ce n'est pas dur a lire
Merci de ta visite et a bientôt
Si mes récits te plaisent sache que je me suis inscris au concours des Romans sur blog
Tu pourras voter pour moi (j'espère dés le mois de mars, je te ferais signe)
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

fabrice
merveilleux commentaire je t'en remercie, j'aime etalonner mon recit comme cela de chansons ou d'evenements de l'epoque plutot que de mettre une date, et dutronc est une reference a mon gout.
a toi aussi je signale que Si mes récits te plaisent sache que je me suis inscris au concours des Romans sur blog
Tu pourras voter pour moi (j'espère dés le mois de mars, je te ferais signe)
amities
patrick

Angélique a dit…

Plein de vérité ! parce que le partage avec les autres c'est un sentiment parfois magique !
Merci Patrick pour tout ça !
Je voterai pour toi tu peux en être sûr!
Bon dweek end . Poutous /.

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour Patrick,Au maroc en tout cas dans ma region il n'yavait pas grand choix de bonbons .Il yavait les cinq rondelles au rial = cinq centimes et le fameux bonbon jouet ( laab ou koul literalement le bonbon qu'on peut jouer avec)une tablette rectangulaire traversée aec un fil ,le jeu consistait à faire tourner le bonbon.Merci d'avoir eveillé ces beaux souvenirs d'enfance.Amitiés

Vincent a dit…

Bon week end patrick
j'irai lire tout ça
et je voterai. promis

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour angélique

L’ariégeoise que tu es et moi l'adopté de ce pays quelque part nous réunis, et j'aime je le signale a tous d'aller sur ton magnifique blog, pour ceux qui aiment les contes
Merci de ton passage
Pour voter ce sera en mars alors je ferai appel à toutes les bonnes volontés
Amitiés sincères ariégeoises, et a bientôt
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Dr Mouhib
Je connais bien votre bonbon laab ou koul , moi j'aimais aussi après qu'il soit fini continuer a jouer
Je prenais un bouton, je lui passais deux fils, ensuite je le faisais tourner comme le bonbon
Je me souviens au Maroc surtout du bonbon que des marchands ambulant nous proposaient sur un long bâton, on lui donnait une pièce et lui découpait un morceau de ce bonbon que l'on suçait ensuite, comment se nomme t'il?
Amitiés et a bientôt a Midelt
Patrick

Zohra elomari a dit…

oui j'ai oublié ce bonbon ,c'est Jabane koulou bane le bonhomme qui le vendait criait jabaaane koulou baaane.mouhib

Jean a dit…

"...Je ne pourrai lui expliquer que cette pièce de un franc c’était pour moi ma première liberté. Celle d’offrir aux copains, de décider tout seul. Ma première pièce, mon premier cadeau depuis le Maroc, j’en fais ce que je veux, c’est pas gaspiller c’est partager, donner, aimer...."

Très très beau !
Je ne suis pas un fanatique de la leçon de morale , mais votre texte m'a beaucoup ému .
La vraie vie !

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour zohra elomari
je vaisd sur votre blog meme si je ne laisse pas toujours des message,j'aime votre connaissance des herbes et epices
DR mouhib, merci de votre reponse depuis ce blog, je ne me souvenais pas du nom de ce bobbon,mis il reste colle a ma memoire comme parfois il l'etait a mes dents
amities
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour jean
Et d'abord merci de ta visite, elle me touche en tant que presque voisin
Merci d'avoir relevé cette phrase, modestement c'est vrai qu'elle est belle et humaniste, mais je crois bien qu’à cette époque c'est bien cela que je ressentais puisqu'elle m'est venue du fond des tripes
Amitiés et reviens me voir quand tu veux
Autre chose:
Avec Claude, vous êtes les deux blogs que je visite pour découvrir de magnifique photo, je vous engage tous les deux a participer au concours national de Romans (la ville), pour vous inscrire aller sur le lien en haut de mon blog
Quand a moi j'ai ose m'inscrire dans la rubrique romans
Merci
Patrick

Anonyme a dit…

salut patrick
je suis en ariège depuis 1967,mais aujourd'hui l'épicerie de serres n'existe plus...
Bravo beau récit continue
Meilleurs voeux

Pierre

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour pierre anonyme
On se connais?
en tout cas tu connais serres
oui l'epicerie et le bureau de tabac n'existent plus c'est domage
et merci pour tes encouragement
a bientot j'espere
patrick

lyliane a dit…

Quel beau souvenir. J'avais 2 francs pour acheter des bonbons sur le chemin de l'école, aussi dans une épicerie avec une vieille dame et pleins de bocaux. Le dimanche pour 5 francs on pouvait avoir une glace à 2 boules. C'était le bon temps et on savait partager.
J'espère que l'on pourra voter pour ton écriture qui nous rajeunie, avec de bons et parfois identiques souvenirs en France ou au Maroc.Bonne semaine.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour lyliane
Je sens que nous avons tous un souvenir de confiserie au fond de nous et je crois encore au fond de l'estomac
Chez la même vielle dame, dans les mêmes bocaux
Bien sur que tu pourras voter pour moi, toi et tous les blogeurs que tu vas convaincre, ensuite c'est un jury qui décidera du vainqueur
Merci d'avance
Bises

lyliane a dit…

Hier je suis allée au cinéma et j'ai acheté des bonbons en pensant à toi.
Tu me diras comment faire pour voter.
Bonne journée.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

rebonjour lyliane
Il m'arrive de plus en plus de passer devant l'épicerie du village aujourd'hui transformée en villa secondaire et de me revoir tout gosse en train de commander mes bonbons
Merci d'avoir pensé à moi, je crois que tous les jeunes de notre génération ont rêvés un jour de plonger les mains dans ces bocaux…………… le bocal aux trésors interdits
Pour voter ce n'est pas avant Mars, je ferai signe à ce moment là
Merci a bientôt
Patrick

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Cette histoire de bonbons, m'a induite bien des moments doucereux et je me rappelais bien "Jaban Koul Ouban" on rajoutait pour taquiner le vendeur de "Masnoua man dabane" (fabriqué avec des mouches) mais en fait c'est parce qu'une quyrielle d'OVNI (mouches, moustiques, abeilles etc..) assurait un cortège ailé au pâtissier, ambulant et crieur.

Merci et A bientôt

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour S.Abdelmoumene
Quel plaisir de te retrouver!
Je me souviens de ces mouches, je ne connaissais pas l'expression mais elle est fort juste
Nous partagions notre douceur avec les mouches qui tentaient de nous en priver
Personne n'est mort et nous sommes là tous nostalgiques ce ces mouches qui elle sont mortes
Au plaisir de te relire très rapidement
Patrick

Delphinium a dit…

Bonjour Patrick. C'est de nouveau une belle leçon de vie que tu nous offres ici. Quel contraste entre ton récit et une émission que j'ai regardé il y a peu sur TF1, combien ça coûte, et qui parlait des jeunes et de cette nouvelle danse, la tektonik. J'ai vu des jeunes gaillards, pas encore sortis de l'enfance, qui dépensait un tas de pognon pour se payer les nouvelles fringues à la mode, les nouvelles coupes de cheveux etc. Et je me suis dit, vraiment, certains enfants ne savent plus la valeur de l'argent. Un problème de société peut-être? je ne sais.
Ils devraient lire ton histoire car elle est profondément humaine. Je t'embrasse

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour felphinium
sans doute oui, mais c'etait une autre epoque, et tous les jeunes ne sont pas comme cela je crois et je je l'espere
mais la discussion sur l'education, l'enseignement , les parents est inepuisable
bises et merci de ton passage et tes encouragements
patrick

Cergie a dit…

ADORABLE !
Et tout ça pour un franc seulement ?
Je pense à Almanzo, (le mari de Laura Ingalls), son père lui donne une pièce et lui dit "fais comme tu veux, achète de la limonade ou une petite truie" et Almanzo a acheté une truie
Il fallait apprendre à ne pas gaspiller en ce temps là !
C'était encore plus dur qu'à notre époque !
Et ton instituteur, il t'a donné une leçon et ensuite il a trouvé que ça suffisait, il était génial, quel pédagogue !
Mais toi tu avais ta conscience pour toi, et c'est le principal au fond. Partager, le bonheur de partager pour lapremière fois quelque chose qui était à toi puisque tu l'avais gagné, on ne te l'avait pas donné pour rien !
Ceci est un de mes épisodes préferrés, succint, dynamique, pas trop d'idées différentes, un suspense, une chute, une morale

Bonne soirée Patrick et bonne nuit

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour cergie
moi aussi j'ai eu du plaisr a ecrire cet article et merci de tes remarques je suis tres touché
merci encore et a bientot
patrick

lyliane a dit…

Hélas , la marchande de bonbons n'existe plus, mais les maisons n'ont pas été démolies, j'y suis retournée il y a quelques années dans mon Nord natal.
Bon weekend à toi

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

lyliane
moi aussi je suis aller revoir ma marchande de bobon,son ùagasin n'existe plus, c'estune villa
merci de ton passage
patrick

Angélique a dit…

Bon dimanche Patrick !
Bisous.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour angelique
merci a toi et egalement bon we
patrick