18 mai 2008

Mes années college épisode 12)


Très rarement ma mère me donnait l’autorisation d’aller voir la télé au bistrot chez « Nine » à la Mouline. Je me précipitais vers le café en espérant, en priant plutôt que la télé soit allumée sur la 2. Vers 14 heures je me pointais hypnotisé par son magnétique regard noir et blanc, je m’asseyais par terre, pour ne pas gêner, parfois même sous une table. Les émotions, il fallait se les garder dans la poche, ou s’émerveiller pas trop fort, pas plus encourager Rintintin. Je me faisais tout petit. Je la dévisageais dans les vapeurs de pinard, les brumes de tabac gris roulé, et les ralliements des joueurs de belotte qui tapaient le carton, ponctué de « millaudiou » sonores et de dépits.
- Atout ! Belotte ! Rebelote ! Et dix de der ! » Ils régnaient en maître de la salle.
Avec juste les images qui défilaient devant moi, je découvrais enfin les épisodes de Rintintin et Rusty, les Ivanoë avec Roger Moore qui deviendra le Saint, et James Bond. L'Aigle Noir, Winitou, les Thierry la Fronde, avec Jean Claude Drouot je pense, et avec Yves Régnier et autres globe-trotters que nous imitions les jours suivants dans la campagne, et les forêts entourant le village.
Lorsque je ressortais de ces séances de télé vinasse, j’avais les yeux rougis par la nicotine et la fixité du regard.Regard qui mettait une éternité à reprendre la vision normale des choses. Au moins jusqu'au retour à la maison, où je me faisais gronder par ce que mon pull et mes cheveux sentait affreusement mauvais. Je préférai me taire pour ne pas risquer d’être privé de télé pour les dimanches à venir. Elle aussi me tenait en laisse avec ce maudit outil de pression. Il suffisait de me promettre de m’en punir pour que soudainement je redevienne l’enfant docile que je tentais désespérément de sacrifier.

Il arrivait souvent que la télé soit branchée sur des émissions pour grands. Le tiercé, où bien sur Roger Lanzac, je ne l’ai pas aimé lui qui me privait de mes dimanches. J’attendais un peu et je repartais errer dans les rues, encore plus triste qu’avant. Il est 14 heures, les rues sont désertes, les mioches se plongent devant leur télé. Personne ne m’a invité. J’entends le générique du film ! Et merde !……………………
Je suis seul dans la rue. J’enrage d’être pauvre.

9 commentaires:

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour cher lecteur
Cet épisode est largement inspiré des magnifiques commentaires de VINCENT, un lecteur fidèle
Lui aussi se souvient "des télé bistrot",
Je te remercie Vincent, de m’avoir aidé à remuer ma mémoire
Amitiés
Patrick

Vincent a dit…

Et tu as merveilleusement bien raconté les après midis d'oisiveté "babyboomeuses".
Merci Patrick
Vrai! on se demande si on était pas assis côte à côte.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour vincent
je te le disais, nous etions assis l'un a coté de l'autre
amities
patrick

Therese a dit…

La vie et l'education de l'enfance sont tellement influencees par la perception personelle. Votre vue sur le monde est particuliere et c'est avec interet que je lis vos chapitres...

lyliane a dit…

Et il y avait des gens qui regardaient la télé devant les marchands de "postes".Je n'ai pas connu la télé dans les cafés quand j'étais jeune, car je suis plus agée que toi, mais je n'ai eu la télé que vers mes 20 ans, tous ces feuilletons que tu cites je les aimais, bien qu'en noir et blanc, mais il n'y avait qu'une chaîne et pas de choix.Maintenant on passe son temps sur les ordinateurs, mais ça nous fait connaitre d'autres choses d'autres vies interessantes comme la tienne.

julie a dit…

Moi c'était la piste aux étoiles... le fameux rendez vous à ne pas manquer !
Signé un lutin pas sage qui gère !
biz à plus !

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour therese
approfondissez votre commentaire cela m'interesse
merci de vos visites
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour lyliane
surtout ne pas regretter le passer, mais ne pas l'oublier non plus me semble un tres bonne philosophie de vie
amicalement

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour julie
la piste aux etoile avec roger lazac
et cet air de musique qui subitement me sonne le rappel du passé
amities
patrick