02 avril 2008

Mes années colleges (épisode 7)


Mes timides relations avec mon père se dégradaient, non pas qu’il m’aimait moins ou que moi-même lui en veuille de la vie que nous menions. Non rien de cela. Notre écart d’age 48 ans nous éloignait inexorablement, sans que nous puissions, ni lui ni moi, y remédier. Le temps se chargeait de cela, inéluctablement ! Fatalement !
Plus je grandissais, plus il vieillissait. Comment se retrouver maintenant? Et sur quel chemin ?
Comment nos deux vies pourraient-elles à présent se rejoindre ?
Celle de ce gamin, qui n’avait eu d’yeux que pour son dieu qui lui avait appris à pêcher, chasser, naviguer en mer, balades en jeep dans tout le moyen atlas, de ce père qui appelait son fils le « marlem ». Nos routes, je crains, ne se croiseront plus jamais, l’amour silencieux, muet, pudique même qui nous unit, évitera j’espère quelles ne s’éloignent d’avantage et ne se séparent à jamais. Fermeture pour cause de sentiments différents.

Après un ou deux ulcères à l’estomac soignés avec une grande dose de courage, de cachet à sucer, du lait, du bicarbonate de soude, du charbon, de remèdes de grand-mère, mais aussi avec beaucoup de dédain, la santé de mon père se dégradait toujours.
« Les médecins sont des incapables » disait-il, sans le penser. Il avait juste peur d’avoir rendez-vous de trop prés avec le mal qui le rongeait. Malgré sa santé de plus en plus fragile, il travaillait toujours autant. Orgueil ! Force !
Même pas malade ! Même pas malade ! Devait-il se répéter inlassablement.

Mon frère lui acceptait logiquement de moins en moins cette vie sans lendemain et sans avenir. Les disputes se resserraient, de plus en plus intenses.
Cela ne durera pas, il va se passer quelque chose. Je voyais bien le soir ma mère sortir momentanément de son mutisme réglementaire. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose, l’odeur de l’argent la réveillait, lui titillait le cerveau. Il y avait des sous en jeu, il fallait faire les comptes, bientôt, elle s’imposera dans la partie de notre vie qui allait se jouer.
De l’argent, ma mère n’en a jamais eu. Mais je n’ai vu une personne l’aimer autant. Elle l’aimait à en être béate, à flirter avec un billet de banque, à faire l’amour avec ses pièces de monnaies, celles qu’elle détournait méthodiquement, les pièces de cinq francs argent.
« Pour ma collection » disait-elle.
Nul ne sait quel magot elle avait pu engranger. J’imaginais sans peine, qu’il lui était aisé de nourrir sa fantasque collection. Elle allait acheter du pain en bas quand le boulanger klaxonnait, elle le payait en billet et espérait, quitte à le lui demander gentiment pour une fois, que la monnaie lui soit rendue en pièce de cinq francs.
« Pour sa collection ».
Les pièces envoûtées et si désirées disparaissaient inévitablement et subitement du circuit commercial familial. Si rapidement que mon père ne pouvait s’en apercevoir. D’autant plus que pour lui l’argent n’était pas son souci majeur.
« Un litre d’essence et un quignon de pain me suffisent pour être heureux ! ». Voila la devise qu’il ne cessait de répéter. Je le croyais et l’enviais presque de son détachement au matériel. Mais n’était-ce pas là aussi de l’égoïsme ? Un acte de père responsable doit il ne penser qu’à lui ? Malgré tout, sa famille en souffrait .

26 commentaires:

julie a dit…

un jour mon père, avec qui j'ai la même différence d'age que toi, m'a dit : si on s'était connus au même age on serait devenus potes... je me nourris de cette phrase depuis...je crois qu'il en aurait été de même pour toi si vous aviez réussi à parler..
mille biz, des news du concours ???

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour julie
non je n'ai jamais eu droit a cette belle replique de mon pere, mais cela aurait pu etre
le concours? et bien je n'en sais rien!
vrai il parait que certains votes de certains blog ne seront pas comptabilisés, ils attendent pour donner les finalistes de verifier tous les votes
merci de ton passage
patrick

Vincent a dit…

Tu sais que tu n'est pas le seul à avoir eu une si grande différence d'âge avec ton père?
Mon père né en 1971 et moi en 1951C'est le lot je crois de notre pauvre génération de Babyboomer.
Des parents nées avant ou pendant "la première" et qui n'ont pu se marier avant la fin de "la deuxième" à cause de cette putain de guerre. J'en vois plein autour de moi des "enfants de vieux". J'ai souvent entendu cette conne de réplique. Comme si c'était de notre faute si "nos vieux" avaient une mentalité de croulants, comme on disait dans les années soixantes.
Tu ne dois pas te surprendre d'avoir vu ta mère aimer l'argent avec tant de passion. Je pense qu'au Maroc la monnaie ne devait pas avoir la même valeur et en arrivant presque démunie en métropole elle a du se sentir pas mal déstabilisée. Ca n'a pas du être facile pour elle de gèrer cette adaptation à une monde plutôt cruel.
Très poignant passage comme beaucoup d'autres.
comme c'est dommage que tu n'ai pas été choisi.
A plus patrick.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour vincent
tu es le seul fils né avant son pere
je pense que tu voulais dire né en 1917
ce n'est quand meme pas folichon des parents agés, c'est le conflit assuré
surtout mon pere avec la vie qu'il a mené, il n'accepatait pas beaucoup d'etre contredit
mais enfin,j'ai fais avec ,et plutot bien a croire
merci de ta visite
a bientot
patrick

soy a dit…

merci patrick!
je te voulais gagnant! maintenant tu vas écrire...

sofu a dit…

Vivement l'épisode 8!

à bientôt!
;-))

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour soy
ecrire ,c'est fait , mon manuscrit attend que je le relise
et puis ensuite la cavalcade de la recherche d'un editeur
merci de ton passage
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

merci sofu
merci de ton passage
le 8 est ecrit comme les autres
grace au blog,cela m'oblige à les re-travailler
continue a (me) ,nous regaler de tes dessins
patrick

Vincent a dit…

oh pardon patrick !!!!!! :-((((
j'ai eu un spam qui m'a bloqué en arrivant et je ne me suis pas relu je voulais dire que mon père était né en 1910.

Majid Blal a dit…

Bonjour Patrick.
Àprès la mémoire factuelle d,un enfant qui ramasse ses souvenirs dans un balluchon,après la mémoire du détail émotionnel d'un déraciné qui cherche une petite place dans le coeur des siens, tu fais désormais, dans le détail artistique en formulant et en transmettent si bien tes sentiments sans complaisance et avec authenticité. Tu as déja gagné le vrai concours qui est de perseverer dans l,écriture car je le sais cela doit être parfois souffrant d,aller fouiller dans ce grenier que beaucoup d,autres auraient occulté. Bravo et surtout continue à nous émouvoir.
Majid Blal

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Majid blal

Quel beau commentaire,
Des mots que j’aurai aimé écrire, des phrases harmonieuses, pleines de sentiments, j’aurai tant aimé les écrire
Je vous les volerait bien, moi ces mots
Je n’ajoute rien au commentaire, il est juste
Amitiés et encore merci de ces mots d’encouragement
Patrick

delphinium a dit…

Cet épisode me laisse un goût amer, car toi qui décrivais ton père avec tellement d'emphase au début, voilà que de petit garçon tu deviens grand et tu commences à lui reprocher des choses. Et ce n'est pas toujours facile de lire ce genre de chose. Quant à la description que tu fais de ta mère, là aussi, elle me laisse un goût de sang dans la bouche. N'avait-elle pas un tant soit peu de qualités, je ne sais pas, tu ne parles jamais de quelque chose de positif chez elle. As-tu tellement souffert de tout cela? Je le pense et veux le croire, l'écriture te permet maintenant de coucher tous tes sentiments. J'espère néanmoins que dans les épisodes à venir, les choses s'arrangeront quelque peu...Ton père a dû tellement souffrir, quitter son pays, arriver dans un pays et ne pas s'y sentir accepté et en plus de cela, tomber malade. Un ulcère à l'estomac veut dire beaucoup de choses, les soucis qui rongent, les souffrances qui petit à petit grignotent la vie.

Je t'embrasse

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour Patrick,
Bille très touchant et très bien écrit. Concours ou pas, tu as su réunir les éléments du puzzle autobiographique avec grande dextérité.
Bravo et bonne continuation!
Amitiés,

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour docteur Mouhib
Merci de votre passage et encore et toujours des mots qui encouragent a continuer,

Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour delphinium
Je ne sais que te répondre !
Si je répond a tes questions je dévoile la suite et la fin
Merci alors de bien vouloir fidèlement continuer a attendre que doucement le voile se lève
patrick

Therese a dit…

L'important n'est-il pas de faire le point avant... Avant, alors on peut Tout. Etre adulte aide.
Des lignes très émouvantes qui font vibrer certaines cordes.
Quel livre de Driss Chraïbi conseilleriez-vous de lire en premier? Le Passé Simple?

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour therese
Nouvelle ?
Des USA il me semble
Je revients de votre blog, dommage, il est en anglais, bien que je le parlais parfaitement il y a 30 ans cela n’est plus le cas, alors je passerai parfois laisser un bonjour de France
Comment m’avez-vous trouvée ?
Pour le roman de Choukri, oui, lire en premier « le passé simple »c’est avant tout un roman autobiographique de l’auteur d’une rare violence, mais qui aide à comprendre le reste de son œuvre
Lire aussi un jour Driss Chriarbi
Nous en reparlerons j’espère lors d’une prochaine visite

Therese a dit…

Merci pour votre passage...non, non le blog est également en francais... La traduction n'est pas mot à mot mais en suit de très près l'idée et se trouve tout de suite après le texte en anglais.
Merci pour Chraïbi "Passé-simple."
Je ne manquerai pas de continuer à lire vos écrits et d'en faire un humble commentaire au bout du récit.

Lhuna a dit…

Quel courage!
Félicitations.
bonne journée.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour ilhuna
quelle bonne surprise
as tu un nouveau blog? si oui merci de me faire parvenir son adresse, vincent et moi cherchons a la connaitre
a bientot
patrick

lyliane a dit…

Mon père n'avait que 24 ans d'écart avec moi, mais il nous a quitté rès jeune à 55 ans, par contre je profite beaucoup de ma maman qui a 88 an, mais est bien malade en ce moment et se retrouve encore à l'hopital, ma santé en a pris un coup aussi avec ce stress.Mais laissons là mes petites misères, ta maman avait peur de manquer d'argent pour ses vieux jours, n'en ayant jamais eu beaucoup, il faut surement lui pardonner elle a eu beaucoup de désillusions.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour lyliane
Je n'ajoute rien a ton commentaire, sans doute y a t'il de nombreuses circonstances atténuantes au "trafic" de ma mère
Amitiés
Patrick

Viviane a dit…

Chaque fois que je viens lire ce que tu écris, j'ai toujours un petit pincement au cœur parce que ce que tu racontes me fait mal, très mal.
Je ne soupçonnais pas que mes compatriotes aient pu faire autant de dégâts et j'en suis très peinée.
Je ne suis pas une privilégiée, mais j'ai eu des parents m'ont élevée dans un souci de partage et d'amour, règles auxquelles j'ai essayé d'obéir et je continue encore malgré une vie bien remplie à récupérer des "petits" (même des grands) êtres blessés par la vie pour leur montrer qu'il peut y avoir une petite porte de sortie et cette petite porte devient une grande porte je suis bien plus heureuse que si j'avais réussi un exploit au-delà du commun et pourtant c'est juste un petit grain de sable à peine remarqué.
Patrick tu as fréquenté les pires, mais je vois que tu arrives à tout dépasser et à faire le point sans haine et sans rancune, c'est pour ces raisons que je reviendrai régulièrement te lire même si je ne laisse pas toujours de messages.
Bonne journée.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Viviane
Première visite je crois, je suis très touché, j’ai voulu te rendre la politesse mais ton lien n’affiche par l’adresse de ton blog, si tu le souhaites merci de me le faire parvenir par cette messagerie
Merci de ton commentaire, je ne rajouterai qu’une seule chose, je n’ai pas « vécu le pire » quand même, je pense qu’il y avait pire que cela.
Ce que je crois avoir vécu c’est d’avoir vécu à coté de mes parents sans jamais avoir trouvé la clef de nos sentiments, c’est tout, mais cela m’a toujours manqué
Amitiés
Et reviens souvent
patrick

Viviane a dit…

Bonjour Patrick et merci de ta réponse.
Mon lien n'est pas bien important.
j'ai commencé ( il y a peu) un petit blog sur le Moyen Age et je viens d'y ajouter un autre petit blog de réflexions.
Je n'ai pas la prétention d'intéresser beaucoup de personnes parce qu'il faut "aimer" se passionner pour ces deux thèmes.
Je te donne tout de même les coordonnées, au cas ou...
http://viviane.monjournalweb.com/
Tu verras bien ce que tu en penses.
Avec toute mon amitié.

Fabrice a dit…

Des blessures, des souffrances d'enfant ou d'adolescent, nous avons tous un à moment de notre vie laissé nos yeux se mouiller et nos gorges se serrer pour vivre des pages semblables.
Dans tes écrits Patrick, tu relates,exprimes et fais partager avec talent ta sensibilité vécue!
C'est sans doute la meilleure façon de se libérer de certains maux! Tu as mille fois raisons!
Amicalement à toi