02 décembre 2007

Mes années France (épisode 17)

Ce qui ne changeait pas c’était le caractère exécrable de ma mère, qui de plus en plus s’enfermait dans un drôle de mutisme exacerbant et inutile. Elle n’en sortait que pour étaler ses nauséabondes critiques à mon père, qui lui n’avait plus qu’une seule idée en tête, s’en aller le matin de bonne heure pour aller travailler la petite ferme que nous avions achetée, là-haut en montagne à Layrole. Il n’en revenait qu’à la nuit, espérant que ma mère avait dans la journée vidée son seau de fiel jusqu'à la lie.
Sans doute le travail ne manquait-il pas la haut, je crois aussi que dans les pâturages de Layroles, il y était bien, il pouvait à son aise seul, s’évader de France, retourner, revenir sur ses pas, chercher la trace encore fraîche de son bonheur ; jadis à Timexaouine, Imintanaoute, Midelt,………. il était jeune…………et la vie y était belle…………..
Le travail avançait et la fatigue se faisait toute petite pour le laisser gambader dans la foret des singes, saucer l’huile chaude du moulin, chausser ses Pataugas et s’en aller à Arbalou N Serdane ou Boumia.
Le village de Layrole est situé à environ 700 mètres d’altitude, et à environ 5 km de Serres sur Arget, en direction du col des Marrous. La route goudronnée vous abandonne à l’intersection avec la route de Sahuc le village voisin. A partir de cet instant il fallait être prudent tant la route était en mauvais état surtout en hiver où le risque d’accident vous guette à chaque virage.
Mon père avait acheté cette propriété sans la voir, sur plan. Il n’a jamais imaginé qu’elle se situait en montagne. Les collines et les bosses s’étaient camouflées sur le plan cadastral que l’agent de la mairie lui avait envoyé au Maroc. Elles se découvriront par la suite.
Je crois aussi que ces terres malignes et abandonnées, pauvres et oubliées de tous, se sont faites toutes plates sur le plan cadastral pour attirer ce doux rêveur de français qui allait leur redonner leur liberté et leur splendeur d’antan. Comme les animaux d’un refuge devant l’adoptant potentiel, elles se sont faites belles, et suppliantes, le grand jeu de la séduction.
Quand je dis « achetées » ce n’est pas tout à fait exact, il avait plutôt reconstitué avec le temps un semblant de terres qu’il avait réunies à nouveau, et qui très modestement pouvaient s’attribuer le nom de propriété. Il commença son immense patchwork parcellaire en 1965. Petit morceau par petit morceau, années après années, rêves après rêves, avec patience et minutie.
Il ne cherchait qu’à acheter les terres agricoles, mais les propriétaires locaux, chanceux de trouver un acheteur si rare depuis l’exode rural, exigèrent tous, que les maisons soient solidaires des terres. C’est contraint qu’il acheta terres et maisons, parfois dans un état de délabrement avancé, se retrouvant ainsi à la fin de son œuvre de reconstruction propriétaire de 75 ha, de 17 maisons, et 124 numéros de parcelles.
Un immense puzzle grandeur nature.
Les maisons frileuses en granit local gris et triste se tenaient au chaud, serrées les unes aux autres, coude, à coude à flan de coteau, le dos adossé à la colline. Les toits de tuile souvent invisibles, ravagés et camouflés par la mousse, ne dépassaient guerre la hauteur du talus pour mieux se protéger du vent mordant des trop longs hivers carnassiers.
Elles se rejoignaient toutes en un point le lavoir, papotaient un peu sur le salle temps et le brouillard, se serraient la main en signe d’amitié et de solidarité. Puis de là sur deux longueurs toujours côte à côte, en forme de V, allaient conquérir la colline protectrice.
Seules deux maisons étaient isolées. Fâcherie familiale ? Etrangers refoulés ? Sorciers ?
Je me souviens qu’à cette époque, à la sortie de chez notaire, il me confiait dès que nous arrivions à la maison, les numéros des parcelles achetées. J’allais dans l’armoire sortir le plan cadastral de Layrole, je saisissais toujours le même crayon de couleur jaune et menait mon enquête.

18 commentaires:

Marguerite a dit…

Bonjour Patrick,
Comme tu connais bien ce coin. Comme tu le décris bien. Je ne suis allée qu'une seule fois en Ariège parce que nous sommes plus près des alpes depuis l'Est de la France et la Région Parisienne, mais j'ai été séduite p

Marguerite a dit…

Patrick, c'est Cergie
Tu sais que mon autre identité est Marguerite et j'ai un blog jardin sous ce nom. Je m'emmêle rarement ! Et voilà, c'est fait chez toi...


... séduite par l'imbrication des activités humaines et de la nature
Exactement ce que tu racontes. L'homme est partout, les routes sont difficiles et les gens y roulent pourtant vite, il faut bien.
J'ai aimé aussi les animaux en liberté. Les bergers. Les chiens patous.
Ca c'est le folklore, au jour le jour ce ne devait pas être facile à vivre.
En tout cas, une bonne chose que ton père se soit confié à toi et t'ai impliqué dans la gestion des parcelles acquises...
C'est cela qui compte : il te considérait comme un allié fiable.

Dr Mouhib Mohamed a dit…

Bonjour Patrick,
Ton père est un véritable pionnier , voilà qu'il recommence en France à travailler des terrains en friche (75 H!), exactment comme ce qu'il avait fait au Maroc dans des localités vierges: Midelt, Aghbalou, Ait Ayach.
Par ailleurs, j'ai bien aimé le souvenir évoqué , dans ton texte, à propos de ta mère à Imin'tanout, Boumia et à Midelt.
NB: dans le post précédent, je t'ai passé un message .
Bien à toi.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour dr Mouhib

Les souvenirs du Maroc ne pouvaient qu’être heureux, même les plus difficiles a vivre
Il lui arrivait (rarement) de nous évoquer sa vie en terme de souvenir qu’il regrettais,il préférait toujours être positif et nous conter ses fabuleuses histoires
Amitiés
Ps : Je n’ai pas trouvé, ou compris ce que tu voulais dire avec le message sur mon post précèdent, de quoi s’agit il ?
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Cergie, marguerite
Oui j'aime l'Ariège, mon autre pays, mon autre moi
Ce département est fabuleux et enchanteur
Tant mieux si je le écris bien, ce sont les mots de l'attachement
A bientôt
Patrick

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Heureuse est la terre que ton père en fin connaisseur défriche avec amour et minutie. Après les beaux jours des parcelles limitrophes à Midelt, voici venir ceux des terres de l'Ariège acquises à force de courage et de persévérance.

Bon courage et bonne continuation

lyliane a dit…

Je ne connais pas l'Ariège, mais tu en parles si bien que tu me donnes envie d'aller les voir ces 75 Hectares défrichées par ton père qui aime vraiment la terre. Bonne semaine à toi.

Dr Mouhib Mohamed a dit…

le message est dans mon commentaire sur l'épisode 16"mes années France".Merci

Majid Blal a dit…

Bonjour Patrick.
Ton texte nous met en situation. Par ton sens de l,observation tu nous éclaire sur sur les lieux et sur les rapports de ton père ( et certainement du milieu) avec la nature. Très bon descriptif. Peut être que la relation de ton père avec la terre est relation affective. il y puise ce qu'il a perdu ailleurs avec les humains.
" Un lopin pour pays"
En ce qui concerne la maman, je ne sais pas si tu as vu le film françias " Poing vipère" avec feu Villeret et Frot d,après une histoire vécue.
amitiés
Majid

Majid Blal a dit…

pardon! Tu nous éclaires

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour S.Abdejmoumene
J’avais envie de te dire « merci pour lui », quelque part ton message reconnais a mon père le travail qu’il a entreprit à Midelt, il serait heureux de l’apprendre
Oui il a défriché encore et encore ! Mais à quel prix !
Nous le saurons bientôt
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour lyliane

Viens en ariege avec plaisir
Viens en ariege et je te montrerai ce fabuleux pays
Viens en ariege, mais ne viens pas visiter la propriété de mon père, elle est retourné vers son passé, les ronces et leurs amis l’ont a nouveau reconquise
Quelle affreuse vision
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour dr Mouhib
l'information est elle au sujet du livre sur les zemmour?
je vous ai repondu si c'est cela
merci de l'information
400 pages !!!!!!!!!il me faudra du courage
amities
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Majd blal
« Un lopin pour pays, »voila un titre qui me fait penser a un autre « une femme pour pays » d’un certain Majid blal
ce pourrai être le titre aussi de mon livre
J’ai deux autres idées
« Le petit chasseur de l’atlas »

« Quand je serai grand, je ferai Berbère »
Qu’en pensez vous ?
Avez-vous une idée ?
Je crois oui que mon père avait la terre pour « mère », il aimait trop la terre, pour ne pas retrouver une relation charnelle de sa mère qu’il n’a jamais connue, et aussi du réconfort qu’il cherchait et ne trouvait pas dans son environnement proche
Amitiés
Patrick

Majid Blal a dit…

Bonjour Patrick
je trouve très bien tes deux titres avec une préference subjective pour "Quand je serai grand..."
Comme votre vie en Ariege a été pour votre altérité, un combat pour assumer votre double identité marocaine et françise alors je suggère " Les bicéphales de l'Ariege"
Tu me diras quand tu auras fini de lire Injdi et son questionnement identitaire.
majid

Anonyme a dit…

J'adore quand tu parles de l'Ariège de cette façon ! tu le sais j'y vais souvent ! une de mes soeurs y habite et j'ai beaucoup d'amis (des collègues surtout) . Il va falloir que je leur dise de venir te lire.Bonne journée et bisous.
Angélique

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour angelique
dis moi en un peu plus sur toi ta soeur et tes collegues ariegeois
ou vivent ils
que font ils?
si tu leur demande, Foix existe bien . de là prendre la route de la vallée de la barguillere, ils passeront a Serres sur arget et de la continuer vers le col des Marrous a 5 km une intersection a droite qui va au village de Layrole, lieu de mon post
amities et merci de ton ^passage
patrick

Delphinium a dit…

Bonsoir Patrick, j'arrive un peu tard dans la publication. Comme Majid, je pense que ton père avait besoin de se reconstruire à l'intérieur et pour ce faire, il fallait qu'il fasse quelque chose de ses mains, qu'il s'ancre dans un nouveau territoire pour se sentir exister et vivre. Souvent les hommes et les femmes blessées trouvent du réconfort dans la contemplation de la nature ou, comme c'est le cas de ton père, dans une relation toute particulière avec la terre. Je suis toujours triste de lire les phrases que tu nous donnes sur ta mère, je la vois tout à fait, fière et triste, dure au fond d'elle-même, donc dure avec elle-même et de là dure avec les autres. Elle a dû beaucoup souffrir. Je t'embrasse