19 novembre 2007

Mes années France (épisode 15)

Lui était plutôt petit, mais de ces petits qui sont aussi larges et difficiles à faire tomber, un carré de vivacité, je connaissais bien ce genre de combattant hargneux. La gueule en renard, sans doute un malin, un combattant rusé où la force n’aura pas toujours le dessus. Nos regards se croisent. C’est bien lui, nous avons communiqué, c’est quand tu veux !
Nos regards se redonnent rendez vous, ce sera pour bientôt. Lui aussi me jaugeait, mais juste pour ruminer si j’étais de taille ou si j’allais comme les autres abdiquer sans combat, fort de sa réputation de « sale gosse ».
De cette jauge des combattants, des gladiateurs de l’arène, des boxeurs avant le combat, c’est à cet instant précis que vous gagnez votre combat. Si vous perdez l’assaut des yeux et de la haine, votre adversaire saura déjà qu’il va vous faire plier le genou.
Le combat aura bien lieu, je le voyais dans son regard moqueur et hautain, et moi de plus j’en avais trop envie. J’aimais trop ce jeu du plus fort, du dominant dominé. J’aime trop le regard envié des autres gamins quand vous brandissez les bras en l’air, pendant que votre victime crache encore le sable que vous lui avez rageusement enfoncé dans la bouche. Il devait en une seule fois avaler le sable, sa vanité, son orgueil, sa salive, et j’en passe. C’est beaucoup pour un vaincu !
Qui va provoquer ?
Attention le provocateur doit gagner ! A la clef de la victoire il y aura aussi la punition du maître. Le combat devra avoir lieu au grand jour dans l’arène de l’école, devant tout le monde, pour solenniser l’événement. Et qu’il n’y ait pas de protestation possible. Ce sera ainsi jusqu'à l’arrivée d’un autre prétendant.
Le vainqueur sera puni par le maître, c’est sûr, c’est en quelque sorte aussi son trophée. Être exposé devant tous au piquet pendant la recréation parce que vous vous êtes battu, et que vous avez vaincu. C’est là, la reconnaissance suprême de votre incontestable victoire. Personne ne devra nier votre titre. Cela est vrai au Maroc, en France et dans toutes les écoles, aujourd’hui encore.
Je décidais d’attendre le défi, il avait pour lui toute l’école, les faibles de sa cour, et les autres plus anciens que moi. Et surtout, ils étaient du pays.
Première journée de classe. Surprise ! Trois niveaux différents dans la classe. Je découvrais pour la première fois que les écoles campagnardes ne perduraient que parce que dans la même classe étaient mêlés des élèves de niveaux différents.
Chez nous, le CE 1, CM 1 et CM 2, les grands qui préparent la rentrée en sixième, pour l’année suivante.
Dans la classe de Madame trois autres niveaux aussi, ceux des « petits » disait-on.
Avec moi au CM1, cinq à six élèves pas plus. Jacques, celui que je devais combattre, Robert, Alain, Monique, Emilien, Richard composaient la classe, assis l’un derrière l’autre sur les bancs pour éviter de tricher, semble t’il.
A coté de nous, sur le même banc, les CM 2, également alignés, par la même logique sans doute.
Je me souviens très bien de l’élève du C.M 2 assis près de moi, il se prénommé Albert. Si je me le rappelle, c’est qu il y a deux très bonnes raisons à cela. La première, oh malheur ! Je découvris qu’il était le frère de Jacques et cela rendra ma tache difficile au nomment crucial du combat. En plus, il était bien plus fort rien qu’à le voir, rien à discuter la dessus.
Avait-il confié les clefs de la suprématie à son frère et le défendait-il quand cela s’avérait nécessaire ? Ou bien c’est lui le fort et je m’étais trompé dans mon enquête ?
L’instituteur semblait s’être attaché à me faire rattraper le temps perdu. Mais peut-on rattraper le temps. Peut-on en neuf mois apprendre au gamin ce qu’il aurait dû apprendre en trois, voire quatre ans !
Le gamin avait-il envie lui d’apprendre ? En avait-il les capacités ?
Aucun de ses parents ne se préoccupait de ses notes, ou de ses devoirs comme cela était déjà le cas au Maroc.

26 commentaires:

S.Abdelmoumène a dit…

Bonjour Patrick,

Tu as donné libre cours à ton imagination en faisant un court jeu de mots sur les cours de récré, les basses cours et les cours de CM1, à tel point que je suis resté pendant un court instant à court de souffle....

Bravo, je suis sûr qu'au cours de ton combat en cours, tu prendras ton adversaire de court pour entrer dans la cour des grands, à moins que tu nous prennes tous de court, suspense oblige.

Anonyme a dit…

Avec toi je découvre que l'école ressemble à un ring de boxe !
Je n'ai jamais connu ça et je m'en réjouis, avec le caractère que j'ai j'aurais été renvoyée de partout.
Désolée mais je suis comme ça, je fonce et je relève la tête pour en filer "une" à l'autre même si j'en prends "deux" en retour.
Bonne journée. Bisous.
Angélique

lyliane a dit…

J'ai eu un bon cours de français avec le commentaire de s.abdelmoumène! moi je n'ai jamais connu les bagarres, car à l'école il n'y avait que des filles, mais des crépages de chignons il y en avait. Par contre j'ai connu les années de cours à rattraper, mon père voulant que je devienne instit'(à l'époque on n'avait rien à dire, mais il fallait s'executer)j'ai dû rentrer à l'école normale où il n'y avait pas de classe de 6ème, tous les jeudis, je devais apprendre tout le programme de la 6ème, car j'étais en CM2, mais j'ai réussi mon examen d'entrée,ma bourse et mon certificat complémentaire avec mention "prix diocésain" la même année.
Tes textes sont très beaux, j'espère que tu en feras un bouquin, et je te donne de très bonnes notes : mention très bien 10/10.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour S.Abdelmoumene
merci pour ces complments et aussi bravo pour ta connaissance de notre langue
tu la manipule comme un maitre d'arme a "fleuret moucheté"
amities
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour inconnu Angélique
Quel mystère un si jolie prénom et le mystère de la signature anonyme
Pour moi la bagarre a toujours fait partie de mon univers des recréations, depuis le Maroc ou par jeu, puis par domination comme les animaux.
La domination se fait aussi par les muscles dans les classes et je vois aussi dans la rue
Alors oui, j'ai aimé la bagarre assez longtemps, j'en parlerai un peu plus loin dans mon histoire
Merci de ton passage, reviens quand tu veux
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour lyliane
Oui abdelmoumene est un maître du français, je te conseille aussi d’aller sur son blog, l’histoire du petit Mehdi est fabuleuse
Moi aussi mon père a exigé que je prenne une certaine direction pour mes études, je n’ai pas contesté par ce que c’était comme cala a l’époque, j’en parlerai bientôt
Et puis merci pour ta très bonne note sans doute trop élevée, et pas forcement mérité, tu cherches à me faire plaisir et tu y es arrivée
Merci a bientôt
Patrick

delphinium a dit…

Bonsoir Patrick. Avec quelle finesse tu dépeins les sentiments de celui qui va attaquer, on s'y croirait presque. Il y a presque un arrêt sur image sur les gamins qui se toisent, se sentent et pressentent. En te lisant, j'essaie de me souvenir de mes années à moi, quand j'étais petite et que j'allais à l'école. J'étais extrêmement timide et j'avais peur de m'exposer aux railleries de certaine filles. Moi je n'osais les toiser et je me taisais. Je pense que j'ai souffert de ce silence à l'époque. Il y a tellement de choses que j'aurais voulu raconter à ma maman mais elle me disait qu'il fallait être forte. Alors je faisais semblant d'être forte et j'ai fait cela pendant des années et je crois qu'au final, je suis devenue quelqu'un de fort en surface mais d'extrêmement sensible en profondeur. Voilà ma petite histoire pour ce petit commentaire. J'attends la suite de ton texte avec appréhension, monsieur le magicien des mots.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour delphinium
J’étais sur ton blog, il y a quelques secondes, en lisant ton commentaire, je pensais en même temps à ton poème « pierrot »
Dans les deux cas j’ y retrouve une sensiblerie a fleur de peau, intime, la même douceur aussi
Merci beaucoup de m’avoir aussi raconter ta jeunesse (d’il y a pas longtemps je suis certains), j’ai aimé tes mots comme toujours
Si je suis un magicien des mots tu es la « Mozart des phrases »
Je conseille a tous de faire un petit tour sur ton blog, ils y trouveront, le salut mieux qu’un antidépresseur
Bises
Patrick

Majid Blal a dit…

Bonjour Patrick.

la lutte pour le pouvoir comme pour l,affirmation de soi au sein d'une cours de récréation permet souvent de flirter avec ses propres limites en jaugeant celles des autres.

Cet épisode me rappelle un classique du cinéma français" La guerre des boutons".

Maintenant les cours d,écoles sont devenues asceptisées et pacifiées.

Quand un môme s'agite le moindrement on le taxe d'hyperactivité pour le bourrer de Ritalin. Ainsi on le prepare son avenir d,accroc aux médicaments et aux drogues.
Majid

Anonyme a dit…

Quand mes parents sont arrivés en France, mes grands frères avaient respectivement neuf et dix ans.
Deux ans après, nous avons déménagé à Conques. L'instituteur de l'époque, très dédaigneux à l'égard de ces petits "espagnols", a installé mes frères au fond de la classe en disant "qu'il n'y aurait rien à en tirer..."
Et pourtant, à la fin de l'année scolaire, l'un a eu le premier prix d'excellence et l'autre, le prix d'honneur.C'est l'instituteur ( et Directeur d'Ecole)en personne qui est venu annoncer la bonne nouvelle à la maison, et encore aujourd'hui,lorsqu'on se croise dans le village,c'est de cela qu'il me parle...
Alors je dis OUI, oui je pense que le "gamin" va rattraper tout le temps perdu car les épreuves qu'il a vécu, lui en ont donné la force et le courage necessaire...
Vais je me tromper?? peut-être la réponse au prochain épisode?!
Bises et à très bientôt
Josie

Vincent a dit…

Salut patrick!!
juste en passant car mon PC me fait des mysères. Mais je repasserai sous peu lire ton histoire.
A très bientôt.

La Mozart des phrases a dit…

merci patrick, je suis très touchée

Dr Mouhib Mohamed a dit…

bonjour Patrick;trois niveaux dans une meme classe ca nous le vivons aujourd'hui dans certaines classes de notre assotiation .C'est tres dur et pour l'instit et pour l'éleve.Par ailleurs tu a su par ton beau texte mettre en exergue l'état d'ame d'un enfant qui veut venger un affront que l'autre lui a fait.Tu ne tiens en haleine avant le duel. C'est ca l'ecriture ;bravo 7sur 10

Dr Mouhib Mohamed a dit…

exusz association

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour majid blal
Ah ! La guerre des boutons quel film
Le « petit gibus » y est fantastique
C’est vrai et je n’y avais pas pensé, sauf que le petit gibus était bien plus « fin » stratège que moi
Lui n’avais pas la force, cela il le confiait aux autres, mais a l’heure du jugement c’est lui qui décidait,
Ça c’est la vrai force du pouvoir
« Qu’es ce qu’on lui coupe » demandent les enfants
« Le zizi » répond le petit gibus
Qui ne se souviens de cette réplique
Quel merveilleux retour en arrière
Merci
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Josie

J’aime qu’a chacun de mes épisodes, je te fais plonger dans ton propre passé, n’y a-t-il pas matière à écrire ???????
Mon passé récupère au passage celui des autres, Majid blal me parle de la guerre des boutons, toi de ton arrivée en France et des épreuves d’intégration, nous avons tous un passé qui ne demande qu’à surgir si nous le chatouillions un peu
Merci de tes commentaires…………………….
Tu verras la suite, elle…………………… et puis je préfère que tu le lisses
bises
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Vincent l'afri cantal
Merci de ton passage, un mot en passant est une marque d'attention a laquelle je suis sensible
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Vincent l'afri cantal
Merci de ton passage, un mot en passant est une marque d'attention a laquelle je suis sensible
Amitiés
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour delphinium la mozart des phrases
De rien c'est ce que je pense
amities
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour docteur Mouhib
……………………………………..que dire après un tel commentaire
vous remercier très sincèrement , le lire et le relire…………….et me taire

Vincent a dit…

patrick ! tu sais que depuis que je te lis je fais aussi des petits voyages chez tes amis S.abdelmoumène, majid blal et bien d'autres ... Un délice de lecture.

Cergie a dit…

Tu n'as pas besoin que tes parents s'occupent de toi. Tu réussis mieux quand tu en est décidé toi même et c'est ce que j'ai appliqué avec mes enfants. De plus moi aussi je suis arrivée en métropole depuis la Cote d'Ivoire, il ne m'a fallu qu'un trimestre pour rattrapper. La meilleure école, inestimable, est celle que tu as eu sur le terrain au Maroc. Le contact avec la nature,les gens et la culture
Alors j'attends la suite avec confiance

En ce qui concerne une éventuelle note, je ne pense pas que l'on puisse comparer les différents épisodes de ton histoire. Je ne crois pas que tu puisses les considérer comme terminés. A mon avis, tu les rassembleras à la fin comme un jeu de cartes et tu tapoteras dessus pour les aligner. Tu auras à retravailler le tout, pour écrémer par exemple pour donner plus de lisibilité.
Mais ce premier jet est indispensable....

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour vincent
je suis tres heureux,si j'ai pu te faire connaitre quelques blogs sympathiques
il est vrai que pour un voyageur comme toi, ceux du maroc sont a lires
amities
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjor cergie
la cote d'ivoire pour toi, l'espagne pour josie, la gueurre des boutons pour majid blal, cet episode semble avoir reveillé bien des souvenirs du passé qui nous gratte la conscience a tous
merci de ton passage, et a bientot
patrick

Anonyme a dit…

Toutes mes excuses Patrick, j'ai souvent la tête ailleurs et j'ai signé Angélique !
J'aurais dû mettre Lhuna/Angélique
Bonne journée.
Lhuna/Angélique

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

pas de probleme "angelique" ton passage me fait toujours tres plaisir
a bientot
patrick