23 avril 2007

Retournerai-je à midelt (episode 12)


Mais pour le moment, la route me ramène à Midelt, et me rapproche lentement du paysannat, de ma maison. Petit à petit sans même s’en apercevoir les paysages changent. Ils ont la délicatesse du Maroc. Ils t’acclimatent lentement. Ils t’imprègnent de la tête aux pieds, et puis un jour tu es amoureux.
De cet amour fougueux et majestueux des premières rencontres.
De cet amour qui sera le seul et l’unique tant il est enraciné dans ton corps et dans tes songes les plus secrets.
Les couleurs et les odeurs des épices se font moins fortes, ici c’est le pays de la terre ocre, du sable, de l’alpha, du froid glacial de l’hiver, du soleil torride de l’été, du vent. C’est le grand pays des berbères. C’est aussi modestement mon pays. Celui que les Berbères ont bien voulu me prêter.
Le premier signe typique à ne pas manquer, ce sont les chèvres qui montent dans les arbres, dans les arganiers plutôt (des arbres qui n’existent qu’au Maroc et au Brésil).
Ses feuilles et ses fruits nourrissent les chèvres qui n’hésitent pas à imiter les singes de la forêt de cèdres. De ses fruits s’extrait une huile. De ses noyaux recrachés par les chèvres, des produits cosmétiques. Et quand l’arganier mourra, il servira à fabriquer un charbon d’une excellente qualité.
Un super marché à lui seul en quelque sorte, mais surtout l’emblématique arbre des régions pauvres du sud marocain.
Midelt……….. Je te respire.
Direction Ksar el Souk, le parfum des roses semble m’envelopper. Le vent vient de l’ouest, ça sent bon, l’usine doit fonctionner. Encore quelques maigres et interminables kilomètres. !
Nous y sommes, à droite le panneau du « Paysannat », l’allée est toujours aussi longue, les abricotiers sont bien beaux, les bourgeons gonflent.
La cour………….devant
Les bureaux ……………à droite……………..
La maison………….. à gauche……………..
La voiture s’immobilise…………
On arrive !…
Je descends, embrumé dans mes parfums et ma joie.
« Qui a dit à Toto que je rentrais ? »
Il l’a senti, il m’accueille, nous partageons encore quelques longs instants notre joie réciproque, il m’a reconnu malgré mon ridicule déguisement d’écolier de la ville, et toujours mes cheveux bien peignés.
Missoudie me l’avait recommandée.
« Madame a dit que je devais bien te peigner !». Missoudie n’avait jamais transgressé un ordre de Madame. Je la soupçonne même à certains moments d’avoir fait du zèle. C’est bien pour cela qu’elle était encore à la maison.
Alors j’étais bien peigné ! Je redoutais déjà l’arrivée des enfants de la ferme, ils vont encore et éternellement ricaner de ma grotesque coiffure, pire encore, ils n’ont pas vu mon ridicule short et ma blouse grise !
Toto est accompagné pour la 1ère fois d’un tout petit épagneul que je nommerai plus tard Mick. Rika la bergère allemande, d’habitude si taciturne et amoureuse de mon père n’a pas voulu manquer la cérémonie du retour du fils prodigue, du petit maître. Elle aussi était là, à me souhaiter la bienvenue.
Ma mère est dans la cuisine. Je m’élance pour aller la rejoindre. J’aimerai tant qu’elle me tende les bras, qu’on oublie avant, qu’on oublie qu’on ne s’aime pas, qu’elle me fasse juste un petit geste et je jure de lui sauter dans les bras et de l’embrasser de partout.
J’ai tant envie de l’aimer !
Mon cœur s’affole à l’idée que dans quelques secondes nous serons ensemble, face à face. Je suis sur le pas de la cuisine, mes bras chargés d’amour sont prêt à s’élancer, j’ai peur, elle va faire un tout petit geste vers moi, et je libérerai tout l’amour impatient de mes bras et de mon cœur.
Ça y est, je la vois.
« Maman ! Maman ! Maman ! Je suis là »
Je suis sur le palier, elle me voit.
« Tu peux pas crier moins fort non ? On ne s’entend plus, fini la tranquillité maintenant ».
Son regard me pétrifie, mes bras se referment, le cœur avec. Ce n’est pas encore de la haine non ! Mais c’est sur ça viendra !
Une bise amicale, je file dans ma chambre me changer et m’habiller en parfait berbère, et cette fois, je ne me coifferai pas, na !

19 commentaires:

Marie Christine a dit…

Bonjour Patrick et vous tous,

Huummm, je sens l'odeur des épices et des paysages. Un vrai délice. Alors petit rebel, on ne veut pas se coiffer ? Je croirais entendre mon fils de 10 ans. Ha les garçons quand ils décident de titiller leur maman. Mais leur maman d'amour bien sur...

Merci pour cette très belle page.
Je t'embrasse ainsi que vous tous
Marie Christine

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

a mon epoque la rebellion etait bien fade par rapport a celle d'aujourd'hui.
mais enfin j'etais fier d'avoir osé
merci de ton passage
patrick

Cergie a dit…

Dis donc Patrick, j'ai reçu ton invitation par courriel, mais là pour le moment je dois aller vivre ma vraie vie (en fait arroser mon jardin et y travailler, sinon tout va aller mal...)

Je repasserai. Et puis tu sais que
1) j'ai besoin de lire dans l'ordre tes récits.
2) il me faut avoir la tête disposée à ça. Il y a de moments où j'ai la tête à l'envers...

A plus tard

(J'ai de la menthe dans mon jardin, elle est déjà belle. Toi aussi sûrement...)

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bien sur que j'ai de la menthe dans mon jardin!
Du thé vert dans le placard
Une théière"bien de chez nous"
Le parfum au plus profond de mes souvenirs
(Si tu souhaites que je te retire de mes email c'est sans problème, je sais que tu sera toujours, présentes
Bon thé a la menthe
Patrick

Delphinium a dit…

Quel contraste. La joie des bestioles qui accueillent le petit garçon trop longtemps parti. Et la douche froide qui vient ensuite. Dur mais le petit garçon va devenir rebelle, lui qui ne se coiffera pas...

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour delphinium
Pas bien forte ma révolte, mais je faisais avec les moyens et le maigre espace de liberté dont je disposais pour ne pas risquer la baffe au minimum
Alors bout par bout je rognais de l'espace, mais jamais je n'ai gagné plus que ce qu'elle avait décidée de m'octroyer
Plus tard oui, mais bien plus tard
Merci de ton passage

Patrick

Cerisette a dit…

Zut alors..mon com de l'autre jour a été avalé par l'ordi..doit se balader sur le net...
je disais donc.. on a beau être déçu chaque fois, on trouve ça tellement logique (chez les autres) l'amour d'une mère (ou d'un père) qu'on ne peut s'empêcher d'y rêver, d'y croire..et on l'imagine si fort qu'on pense que ce rêve va se réaliser..et là, la douche froide.. combien d'adultes qui n'ont pas su communiquer leur amour parce qu'ils n'ont pas reçu celui qui leur était dû? on s'en remet, bien sûr, mais quel long chemin...qui se fait pas à pas...

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour cerisette
C’est cela, en fait tout le monde a semble t’il dans ses gènes une grande pudeur à dire « je t’aime »
Les parents vers les enfants, et bien entendu encore plus les enfants vers les parents, même parfois les parents entres eux
Chacun attend l’autre, et comme cela les années passent…. Passent……. et passent
Et puis un jour quelqu’un disparaît, et je suis sûr qu’à cet instant on s’en veut de ne pas lui avoir dit plus tôt « je t’aime »
Il part avec un sentiment d’inachevé de sa vie.
A bientôt, cerisette reviens quand tu veux
Patrick

Claude a dit…

Je ne connais pas le Maroc, par contre, il me semble reconnaître l'histoire de la relation avec sa mére !...
La suite de ton histoire me dira si la chute est la même ?!...
bonne soirée.
Bonne soirée
Claude

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Tu m'intrigues Claude dis moi en plus
Oui mais attention ici nous avons des relations très particulières, loin des stéréotypes philosophiques
Patrick

ltds a dit…

…je viens reprendre ma lecture interrompue ce matin… C’est vrai qu’il y a beaucoup d’odeurs, de parfums…dans ce que tu écris. Je n’ai jamais osé traire une vache…les chèvres si. Je pense à ça soudain. A cause du chien, de tous ces animaux qui peuplent l’enfance… Ta mère m’en rappelle d’autres mais pas la mienne. La mienne aurait aimé tout comme toi écrire ses souvenirs. Parfois je regrette de ne pas avoir été attentive à tout ce qu’elle pouvait dire. Mais bon ! L’important c’est d’être là d’où on vient (quand on a la chance de savoir)… J’aime vraiment bien le titre de ton blog (ça va m’aider pour mon jardin…)

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour ltds
Tu mélanges subtilement, odeurs, sentiments, animaux, etc…….
Ton commentaire ressemble à ton blog
Pour ceux qui ne connaissent pas j’engage à faire un tour vers chez ltds
Revenez et vous m’en parlerez, ou vous pouvez en profiter seul
Merci de ton passage
Patrick

psynaj a dit…

excellent récit, en tous les cas ça donne envie d'essayer ce genre de dépaysement

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour psynaj
oh oui le maroc profond est un vrai depaysement
merci de ton passage
reviens quand tu veux
patrick

Anonyme a dit…

Encore une fois, un pur bonheur que de lire ces lignes. Tout est tellement bien décrit qu'on s'imprègne des odeurs et de la beauté du paysage...Et puis l'émotion va crescendo jusquà la rencontre du petit garçon avec sa maman ...Moi qui suis peut être et définitivement trop "mère poule" j'ai eu du mal à me remettre de ce passage!!
Comment peut- on ne pas donner a son enfant l'amour dont il a tant besoin pour grandir et se construire?!Le verbe aimer est pourtant si facile à conjuguer...dommage qu'il ne soit pas employé plus souvent...

Merci Patrick pour ces moments d'évasion!
Josie

Anonyme a dit…

Depuis la lecture de ton blog qui parle de ton enfance, et de la période des vaches grasses du paysannat de Midelt , l'édifice abandonné commence à m'intéresser .

Féru de la micro histoire de la région , je me suis mis à questionner les anciens de Midelt sur ce qu'ils retiennent du paysannat. Surprise! Le disque dure rurale a enregistré beaucoup de choses . Ton père a laissé très bonne impression chez les habitants de Midelt et de ses Ksours Ait Oufella, Ait Izdeg et Ait Ayach.

C'était lui qui avait entamé la modernisation de l'agriculture dans la région. Il introduit l'arboriculture non sans difficulté . Les fellahs, habitués à la culture du maïs, d'orge, de pomme de terre et de navet, n'avaient pas accepté facilement le pommier , le pêcher et l'abricotier . Avec l'aide des autorités locales de l'époque , il avait pu influencer les Cheikhs des douars à planter les arbres pour donner l'exemple à leurs tribus. Aujourd'hui le pommier, avec les 2 Millions de pieds, fait la richesse de la région de Midelt.
Dans les anciens vergers de la région, on trouve les anciennes variétés des pépinières des paysannats de Midelt et Ait Ayach: la reinette rouge, la rouge de juin,la Winterbanana,et la cremsonne.

Il faut ajouter que c'est bien lui qui avait appris le premier , à une équipe de jeunes, les méthodes de taille et de greffe.

C'était ton père, également, qui avait introduit l'utilisation du tracteur , et avait contribué à l'amélioration de la race bovine ( taurreaux géniteurs et vaches de race-pie rouge-).

Mr Bouazza, aujourd'hui âgé de 60 ans, et qui avait travaillé au paysannat entre 61 et 64 s'occupait, avec d'autres des vaches. D'après lui, ton père leur donnait des prénoms féminins. La vache prénommée Mimouna était traitée avec "respect": elle portait le nom de la sainte Lalla Mimouna qui a "la baraka du mariage"et dont tu as parlé dans ton blog.

La région et ses habitants sont redevables à ton père pour tout ce qu'il leur avait apporté.

Il pleut toujours à Midelt , chose que nous n'avons pas eu depuis bien longtemps. La truffe réapparait dans la région.

Merci du lien du blog .

Bien à toi,
M.Mouhib

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour josie

Merci pour tes commentaires si délicats, ils te ressemblent
Tendres, maternels et avec tant d’amour dans tes bras et tes yeux
A choisir, il vaut mieux une mère poule, qu’une mère absente
Alors ne change pas, et reviens quand tu veux, je t’attends à chaque fois
Bises
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour docteur Mouhib

Que d’émotions !!!!!!!!!!
Ces lignes resteront gravées au plus profond de mon être.Vos lignes gravées dans le marbre
Je suis fier de mon père comme jamais. Il m’a bien raconté son histoire à Midelt, je le croyais parce que tous les matins je voyais bien qu’il ne comptait pas son temps, ni sa fatigue pour ce peuple qu’il a tant aimé et je crois aussi qui le lui a bien rendu.

Mon blog lui est dédié, et vous me donnez encore plus de force et de courage pour aller chercher au plus profond de ma mémoire, les mots et les lieux, qu’il a bien pus un jour dire ou toucher
Ses petits enfants seront aussi fiers de savoir que grand père a été un homme de bien dans sa vie, qu’il n’a jamais tiré richesse de son travail, mais qu’il était riche de sa passion et de la vie qu’il a menée
J’irai sur ses traces l’année prochaine
Inch alah
Patrick modestement, Le fils de Maurice

Fr@n6 a dit…

Il y a des souffrances qui se gravent et sont plus profonde que le trou que ferait le couteau !!