03 mars 2007

Retournerai je à Midelt ? (episode 6)


Il y a là pour plusieurs années de vêtement , à Midelt un short des sandales, et voilà.
Ils ne vont pas m’abandonner quand même ! Ils en seraient capables !
Maintenant visite des douches et lavabos. Facile de retenir mon coin, il y a un numéro. Comme sur mon lit et tous mes vêtements, cousu dans le dos, au revers du col.
Il n’y a pas si longtemps encore je me souvenais parfaitement de ce numéro, celui de la honte, celui qu’elle avait sûrement demandé à Missoudie la bonne, de coudre en cachette.
« Tu n’oublieras pas les dents »
Les dents ! À Midelt, elle s’en foutait de mes dents. A croire que les parents conscients de perpétrer une injustice tentent de se racheter une conscience circonstancielle, très rapidement le temps de l’acte, tant que le gosse est là, et jusqu'à ce qu’ils s’en aillent.
Toutes les mères indignes sont les plus gentilles des mamans au monde quand elles commettent leurs crimes, et puis comme par enchantement, avec une grande gomme oublient, effacent cette faiblesse momentanée étonnées du sentiment humain qui venait de les surprendre.
La vie ne doit-elle pas continuer !
« C’est pour son bien, disent-elles, il est si mauvais à l’école, nous n’avions pas le choix, et en plus c’est pas le prix de Midelt, si vous saviez ce que ça nous coûte….... vous comprenez ? Nous ne pouvions faire autrement, c’est pour son bien, rien que son bien »
Des mots, que des mots, qu’un enfant de 10 ans ne peut, et ne veux comprendre, des mots pour se racheter.
Les papas eux semblent imperturbables, assis sur une chaise, regardent ce triste spectacle. Sans doute pensent-ils « tu vas le laisser tranquille ce petit, tu l’angoisses »,
Combien d’entre eux pleurent à l’intérieur ? Combien ont dû prendre la décision de ne vous éloigner qu’après un long et sournois chantage,
« C’est lui ou moi, tu choisis et viens pas te plaindre si … »
Ou tout simplement pour acheter la paix, à vil prix certes, même si pour cela il fallait sacrifier le petit sur l’autel de la paix
« Elle n’est pas si mal cette école, elle est propre et la directrice est bien gentille, tu seras bien ici »
C’est comme ça un papa, ça cherche à se dédouaner en permanence sur la maman qui décide.
Les papas sont faibles, tous les papas du monde ne peuvent accepter un exil de 200 kilomètres pour leurs enfants, ne peuvent non plus accepter du jour au lendemain de fabriquer eux-mêmes leurs cartouches sans penser tristement au fiston , à la première cartouche tirée ; elle n’a pas bien « pétée ». Ça se voit que ce n’est plus le petit qui les fabriquent, pourtant je fais comme lui, le petit est un champion pour ça !
Ne peuvent entreprendre la tournée des CT sans le p’tiot qui vous assomme avec ses questions. N’empêche, qu’avec lui, le temps passait plus vite, et puis elles étaient marrantes ses questions.
Ils ne peuvent non plus accepter d’aller pêcher sans les cris stridents du gosse qui vient de sortir sa truite dans la Moulouya, ni le cri de peur à la vue de l’écrevisse qui essayait de lui déguster le doigt, ni le jour où cet idiot à la pêche à la grenouille est tombé dans le lac, il ne savait même pas nager, on l’a sauvé de justesse. Tiens, on lui apprendra à nager la prochaine fois.
Les papas du monde, ce sont des hommes, et entre hommes on est solidaire ! Oui, mais les papas du monde ont une femme, et si cette femme décide, un jour où l’autre, le meilleur papa du monde cède face à l’acharnement d’une maman qui veut.
Et, ce qu’elle veut…………….elles l’obtiennent…
« Et bien, c’est fini, la valise est vide, voyons si je n’ai rien oublié »
Liste à la Prévert, comme pour se disculper et prouver qu’elle a menée à bien sa mission.
Tous les objets de supplice sont là, vêtements, chaussures, brosse à dents, cirages.
Tous bien rangés dans l’armoire, qu’il ne faudra pas oublier de fermer avec le cadenas. Dernière avertissement avant la fuite.
« Bon et bien, on peut partir, tu viens Maurice ?»
Elle devant, lui derrière, s’éloignent. En passant mon père d’un geste de défaite me passe les doigts dans les cheveux, il marche à reculons dans ce long couloir comme pour ralentir le temps, un premier demi tour, un second, il est loin. Il peut encore me sauver, lancer la cavalerie et gagner. L’escalier l’avale tel les sables mouvants, peu à peu, les genoux, les hanches, le dos, la tête, un dernier regard de consolation………..
« Tu as oublié la bise » !!!!!!!!!!!!!!!!!!

22 commentaires:

Delphinium a dit…

Je suis heureuse d'être la première à vous laisser un commentaire. Il y a beaucoup de tristesse dans cet épisode, le petit garçon analyse les choses de manière très crûe. Et en parallèle à la souffrance de ce petit garçon se tisse celle du père qui doit se résigner à laisser son fils bien loin de lui. Le père qui pense aux cartouches qu'il fabriquait avec le fils, les petites choses que seuls les pères vivent avec leur garçon. C'est très fort comme texte.
Et ce souci du rangement de la mère, jusqu'à la dernière minute, comme pour se déculpabiliser, pour être forte, pour montrer qu'elle a encore la suprématie du commandement.
Un petit garçon de 10 ans ne peut comprendre tout cela, mais en fait il comprend tout, avec beaucoup d'accuité et de souffrance et on souffre avec lui. J'espère que le soleil brillera quand même à travers les barreaux de sa prison.
Je vous embrasse

sylvie a dit…

Sympa Patrick de passer sur mon blog de tps en tps et heureuse que l'histoire te plaise!
Je suis moins courageuse que toi quand à la longueur des posts :)
Ton "écriture est superbe ne tut cas merci!
bises
sylvie

Anonyme a dit…

Un véritable petit bonheur que de lire semaine après semaine ces souvenirs d'enfant...
Chaque épisode est un poème. Poesie des lieux décrits, des émotions vécues...
Une écriture toute en finesse qui fait preuve d'un talent certain pour nous emmener loin, loin, loin...
Vite la suite et surtout: A quand le bouquin!!!!!!
Josie

Claude a dit…

Ce qui est superbe avec tes récits est que l'on attend toujours la suite avec impatience !...
bonne semaine à toi
Claude

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour delphinium
Que dire de plus que ton excellent commentaire
C’est bien cela, tout y est.
Sans aucune fausse modestie je te le promet je me demande comment d’après mes écrits tu arrives à si bien comprendre non pas le texte, mais ce qui n’est pas forcement écrit par pudeur
Merci beaucoup reviens quand tu veux, tu es chez toi
Patrick
P.S tu peux me tutoyer stp

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Sylvie
J’aime aller picorer sur ton blog, c’est vrai
Merci de ton passage
Patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Anonyme : bonjour, josie
Je te vois au travers de ton commentaire et je sais que tu le penses fortement,
Alors de tout mon cœur je te remercie de tes mots encourageants
A quand le livre ?
Et bien il est en cours, et si le temps me le permet, mais plus encore le courage, j’arriverai un jour à le terminer.
C’est long à enfanter un livre. Comment écrire 200 à 300 pages sans lasser son lecteur
Je suis, depuis toujours, émerveillé du talent des écrivains. Quand je commence un bouquin, et qu’il me passionne, que l’écrivain soit si bon que tu ne te ressoudes pas à refermer le livre, parce que malgré toi une force t’en empêche.
C’est ça mon rêve. Des lignes que les gens avalent passionnément sans jamais se lasser et cherchent sur l’autre page avec frénésie, la suite ………….pages après pages

reviens me voir
patrick

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

claude bonjour
le jour ou mes textes seront aussi precis et beau (belles) que tes photos,je serai un homme heureux
et tant mieux alors si j'arrive à t'exalter (le mot est trop fort sans doute)
patrick

lynn a dit…

Bonjour,
On attend toujours la suite.

Un récit imprégné de notes tristes, la mémoire semble marqué à jamais.
Il est difficile pour ce petit garçon de comprendre qu'on puisse se séparer de lui, et "mettre sa vie à distance ".
Patrick,tu as toujours ce style qui tient le lecteur en haleine.
Merci pour le partage

Bonne journée
Lynn

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour lynn
Je commence a avoir de Fidel (es) lecteurs et lectrices, et lecteurs, vos commentaires je les attends avec impatience juste pour voir si vous changez peu a peu dans vos réactions
Il semble que ce petit garçon vous l’aimez bien. Il ne demande rien de plus que d’aller a l’école de Midelt, il est prêt dit il a faire les efforts pour avoir de bonne note
Il ne comprends pas pourquoi on l’éloigne toujours plus
Ses parent l’aiment il au moins ?
merci lynn
patrick

Delphinium a dit…

Bonsoir Patrick
On m'a souvent dit que j'avais un "don" pour comprendre les gens, comprendre ce qu'ils ressentaient sans qu'ils aient forcément besoin de parler. Je ne sais si c'est un don, il est vrai que je dois ressentir beaucoup de choses et crois-moi, ce n'est pas toujours facile à porter et à gérer. Si tu as le temps, viens sur mon blog, mon histoire à épisode déroule sa fin lentement mais sûrement ;-)
Je t'embrasse.

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

bonjour delphinium
comprendre plus vite que les autres ,je ne doute pas de ton "don"
mais nous on ne se connait pas ,c'est juste au traves de mes ecrits,alors aussi un don divinatoire?
j'arrive sur ton blog
patrick

ltds a dit…

J’admire beaucoup cette continuité… c’est un peu un rêve pour moi d’écrire quelque chose en continu, une trame fidèle à soi que l’on puisse développer au gré de ses souvenirs…enfin ! déjà il faut des choses à dire et les dire bien… Comme tu le fais…!

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour itds
Il y a quelques jour je visitais ton blog, j'ai aime ton style, tu as sans doute vu mon bref com, et je suis heureux de te savoir là à me visiter
J’ai eu du mal a démarrer mon histoire, un spot ou deux au hasard des autres spots de mon blog. Et d’un coup comme par enchantements quelques souvenirs, puis d’autres sont remontés de ma mémoire
En fait c’est l’histoire de mon père que je vais écrire, c’est bien plus intéressant que la mienne
Au plaisir de te relire

patrick

jean marc a dit…

Merci de ta venue Patrick
Amitié

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

merci jean claude
merci de ton passage ,solidarité motard
a bientot
patrick

Cergie a dit…

J'adore comme tu racontes patrick, c'est si vivant
Comment fais tu pour te souvenir de tout ça ?
Le description des vêtements des sandales (moi j'avais des méduses) Les photos ça doit aider
La complicité du père avec le fils
Tu exagères un peu quand tu dis que ce sont les mères qui décident et les pères qui subissent
C'était peut être comme ça chez toi car c'était le matriarcat
Mes enfants ont une figure paternelle très forte et moi je suis plutôt faible avec eux
Ce qu'il y a c'est que quand tu en as un qui a une poigne de fer l'autre compense
C'est ça qu'est bien
Et franchement celui qui a une poigne de fer il a pas le beau rôle et il a du mérite

Je lis avec un temps de retard car je veux tout lire depuis le début sinon on ne comprend rien et hélas j'ai pas toujours beaucoup de temps pour passer mais chaque fois j'admire ton style si imagé vivant et drôle
Tu devrais publier ton histoire
Je suis sincère
C'est très bien écrit
Ca fait voyager dans le temps et dans l'espace
Ca me fait vraiment penser au Gone du Chaaba d'Azouz Begag

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour Cergie

Je n’ai aucunes photos pour mes souvenir, en fait si mon frère au chili a emporté toutes les photos, et bientôt j’aurai un double et sans doute des souvenirs me reviendrons, bien qu’a l’époque la photo n’était pas « numérique »
Je crois que si j’ai tous ces souvenirs cela viens que j’étais toujours « fourré » dans les pattes de mon père et que sans doute y avait il un rejet de ma mère
90 % de ce que j’écris est vrai, je ne pourrais sûrement pas écrire comme cela avec mes doigts seulement, si parfois le cœur ne venait pas à la rescousse
Oui chez moi c’était du matriarcat dans toute sa splendeur, et je crois aussi que j’étais le refuge et l’excuse de mon père, pour « fuir » la maison
Merci beaucoup de tes commentaires je les apprécie vraiment
A bientôt

Cergie a dit…

Les histoires si elels ne sont pas vêcues ne aprlent pas au coeur
J'ailme beaucoup les récits autobiographiques
Semprun, Deniaud, del Castillo...
Et plein d'autres
Tu as raison de te faire numériser tes photos
Mon frère aîné l'a fait pour moi

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Bonjour cergie
Très modestement tu ne peux me comparer a ces illustres écrivains
Je ne saurai reproduire comme eux l'ambiance et le charme de leur autobiographie
merci encore de tes remarques
(c'est sympa de passer apres tous le monde tu contemples les commentaires,qu'en penses tu?)
patrick

Cergie a dit…

Je préfère ne pas lire les commentaires très franchement parce que cela influe le regard
Je préfère lire le texte
J'ai horreur qu'on commente mes commentaires qu'on se situe contre ou avec moi
Ce n'est pas aux autres bloggers queje m'adresse mais à l'auteur

Franchement, très franchement, tu écris très bien et d'une façon très vivante
Tu décris des situations vraies
Tu as eu de la chance d'avoir une vie passionnante
Entourés de personnes avec des personnalités bien tranchées

Les personnes dont je t'ai parlé ont eu la chance d'avoir des expérience extraordinaires, parfois cruelles parfois exaltantes
Je pense que peut être certain a un peu brodé et s'est emparé des expériences des autres
Mais ce n'est pas grave
c'est sa plume qui a fait vivre ces aventures et ce sont ses réflexions qu'on entend

Pas à pas se fait notre chemin a dit…

Je pense oui que ma jeunesse fut assez passionnante, mais ce n'est rien a coté de celle de mon père.
Ce WE je vais chez mon frère aîné pour justement échanger sur la vie de mon père que mon frère a mieux connu que moi (il a 75 ans)
Et donc un jour sûrement je l'espère très fort, on trouvera quelques lignes sur ce blog que j'espère encore plus fortes que celles écrites à ce jour
Patrick