30 janvier 2008

Mes Années collége (épisode 1)


Le troupeau d’environ trois cents brebis, était très insuffisant pour deux familles, il en aurait fallu au moins cinq cents pour en vivre dignement. L’argent manquait cruellement et de plus en plus. Les terres aussi.
Mon frère, comme mon père, l’orgueil vissé au corps ne baissaient jamais les bras malgré les nombreux déboires auxquels ils avaient dû faire face.
Ce n’était pas les meilleures bêtes qu’ils avaient achetées, ni forcement la race la plus adaptée. L’inconnu, la découverte de la profession qu’ils venaient d’embrasser leur coûtait cher chaque jour.
Trouver un bon chien de berger, connaître les maladies, payer les vétérinaires dont le plus proche était à 25 kilomètres, et puis vendre ces agneaux. Il fallait faire comme les « gens du pays », vendre à la foire le lundi à Foix. La foire de Foix, point d’autre salut pour les paysans des montagnes, les maquignons de la région le savaient fort bien.
Dès 5 où 6 heures du matin, le café du foirail devenait le rendez-vous immuable des paysans de la Barguillière. Les paysans en attente d’être tondus, graves et le regard perdu dégustant un grand bol de café. Les maquignons adossés au comptoir examinaient leurs proies d’un œil acerbe, devant un ballon de rouge, un pain frais et un morceau « cambajou » (jambon) fermier. Leur éternelle baguette en noisetier, sceptre de leur pouvoir, accrochée au comptoir.
Les éleveurs présentaient leur maigre butin, je devrai dire leur maigre offrande aux maquignons de passage. Par tous les temps, toutes les saisons ou presque. Attendre l’hypothétique acheteur qui voudra bien daigner se pencher sur le malheureux animal que vous vendiez parfois pour vivre ! Seulement vivre !
La foire. Aux cris des veaux, vaches, cochons, bœufs, canards, chevaux, se mêlaient les exclamations du pouvoir régnant et sans partage des marchands de pauvreté.
Les paysans vivaient sous le joug des maquignons, de l’Aude, de l’Ariège, et même des Pyrénées Orientales. Ils se partageaient le marché sans vergogne. Avant le début des « enchères », les acheteurs s’accordaient sur les prix à payer pour la journée.
Nous avions vite compris la tactique des rapaces en blouse grise et bâton menaçant. Mais que faire quand le maquignon est maître ? Se faire voler le moins possible. Ils commençaient par renifler le marché, tâter du pouls de ces paysans mal dégrossis. Un tour du foirail encore engourdi par le froid matinal, juste pour repérer le marché, la qualité des bêtes, les nombre de mouton, et surtout quels éleveurs étaient présents.
Les blouses grises se réunissaient une deuxième fois au vu de tous pour bien faire comprendre aux serfs et manants que nous étions qu’il serait inutile de marchander. Le prix du marché sera tenu. Maquignon, c’est une secte ! De père en fils
Puis comme une nuée de rapaces sur les fragiles paysans, les voilà qui s’abattent sur le marché. Chaque paysan le souffle coupé, le regard hagard, interrogateur, voire aguicheur se demandait si les blousses grises daigneraient s’approcher de son coin.
Bien gras et transpirant, un rapace s’approche de mon père, espérant étreindre rapidement sa proie si facile et si docile désormais.
Première offre :
- Cinq francs, Maurice, c’est bon ! ». L’intonation n’est pas un point d’interrogation, mais point de discussion, c’est un ordre. Sans attendre la réponse de mon père, la main armée d’un ciseau, il commence à tracer sa marque, son sceau, en entaillant la laine. Les moutons lui appartiennent désormais.
- Voyons 5 francs, ce n’est pas possible ! La semaine dernière, c’était au moins 7 francs.
« La semaine dernière, c’était la semaine dernière. Il n’y avait pas assez de mouton. Tu vois aujourd’hui, il y en a trop, regarde ! D’un geste ample, digne des plus grands empereurs romains, comme si tous ces moutons lui appartenaient, montra la foule des paysans apeurés. Il avait raison.
- Vous allez en laisser sur le carreau, je vous le dis. Certains d’entre-vous remonteront avec vos bêtes. Vends moi les, voyons ! Tu démarres dans le métier, tu as besoin d’argent, non ? Mais continue, Maurice, tu fais du bon travail. Le genre d’encouragement qui vous permet juste de vous motiver pour ne pas arrêter, pour rester toujours sa proie, pour ne pas mourir de faim et nourrir son orgueil. L’encouragement qui vous maintient entre le suicide et l’enthousiasme.
Inutile de répondre, le maquignon avait raison, il y avait souvent plus de mouton que leurs besoins, du moins était-il capable de le faire croire après la messe de conciliabule de plein air qu’il venait de tenir.
Il était malheureusement vrai que mon père devait vitalement vendre. A 5 francs, il ne remboursait pas ses frais, mais s’il devait remonter avec ses 4 ou 5 brebis il lui manquerait de quoi acheter les premières nécessités pour la maison. Il entendait d’ici ma mère lui vomir qu’il n’était même pas capable de nourrir sa propre famille. Il n’en pouvait plus de cette éternelle réflexion qui le tuait à petit feu. Son orgueil d’homme libre lui pesait désormais. Il fallait aussi payer la coopérative, le crédit agricole, les assurances, et à manger s’il en restait.
Où es-tu Mandrin ? Reviens sauver les pauvres !
La laine ne se vendait pas mieux. Elle n’avait même plus de prix, on nous expliquait, les bras désolés, que les australiens avaient cassé le marché. Alors, on troque à la coopérative. De la laine, au poids, contre des vêtements en laine bien sûr !
Chaussettes, pulls, chemises…….mais la laine de mouton est inépuisable et les vêtements durent longtemps, alors on jette la laine.
Cette semaine encore nous mangerons les légumes du jardin, les œufs, les lapins, les poulets, les canards et tout ce qui porte plumes et poils dans la basse cour. Au moins nous ne mourions pas de faim et c’était déjà ça ! Pour l’huile, le café, le savon, il faudra faire attention. Les jouets ? Je ne savais plus à quoi cela ressemblait, je ne lisais plus le chasseur français ni Manufrance. Je n’avais plus le droit de rêver. Un enfant sans rêve………….ça crève à petit feu, c’est pire non !
Il devait vendre aussi parce que la bête non vendue à temps, au poids désiré par les fabricants de pauvres continuait à grossir et coûtait de plus en plus cher en nourriture, et vous n’étiez pas sur qu’au prochain marché le prix ne baisse pas encore.
- Elle n’est plus dans les normes Maurice cette bette, agneau de 100 jours ! Au lait de la mère ! On te demande ! Que veut tu que je fasse de celle là »
L’air franchement navré, il cherche une solution pour « sauver » mon père. L’œil en coin il pistait sans aucun doute sa réaction!
- Bon je t’aime bien tu sais je vais te rendre service 4frs çà va !
- Oui ça va » le tondu était soulagé d’avoir été volé ! Un peu pas trop !
Il l’aurai même laissé à 3 francs s’il avait fallu, tant qu’il ne se préoccupait plus de la marge qu’il pouvait faire, mais de la liquidité dont il avait cruellement besoin ! Mais des jours, il arrivait qu’un cher maquignon vous annonce assurément navré
- Votre mouton est bien beau, mais moi je cherche de l’agneau de 100 jours et là il est bien trop gros, il fallait l’amener avant, je vous l’aurai acheter ! Assurément !
C’est quoi qui nous retiens à cet instant de lui flanquer une trempe ? La stupéfaction ? La peur ? La lâcheté ?........Rien de cela, mais l’esprit de survie, et de conservation qui vous gère inconsciemment votre vie. Bousculer cet homme c’était mourir, pas de mort subite non, mais oh plus grave, la mort à petit feu, de celle du genre :
- Tu peux toujours descendre tes moutons Maurice, personne ne te les achètera », et c’est sûrement ainsi que cela se serai passé.
Comme à la douane française, encore une fois tu enroules ton orgueil autour de tes points, tu te fais la promesse qu’un jour viendra ou……, mais tu ne bouges pas en attendant ! !
Avale ton orgueil !avale !sans eau à sec ! Un jour viendra tu l’espères ou ils iront rejoindre dans la toujours grande fosse de la foret de Tedders, les dockers, les douaniers, et quelques français.
Ils étaient bougements puissants les gras en blouses grise, et point de Jacquou le croquant pour se révolter. Impossible de connaître le prix du marché qu’ils avaient fixé à la journée, parfois même à la demi journée. Le matin un prix et le soir un autre bien plus bas. La technique consistait aussi à faire faire le yoyo au prix pour affoler les paysans qui ne savaient plus ou donner du portefeuille
- Alors Maurice cinq francs c’est bon
- Non j’attends
- Attention Maurice cinq francs maintenant c’est beaucoup, ce sera peu être quatre tout à l’heure !
Ainsi ne reculant devant aucune ignominie, les blouses grises tondaient régulièrement tous les lundi, ce bétail humain, et docile à merci.
Au début il refusa ce chantage à la misère, il remonta plusieurs fois avec ses moutons. Préfèrent entendre les miséreuses remarques de ma mère que de capituler sans combat devant l’armée des blouses grises. Mais la coopérative, le crédit agricole, les assurances n’avaient pas beaucoup plus de compassion pour lui que les maquignons du marché
Lentement, fatalement, l’orgueil, sous le mouchoir, il vendait. Toujours à la limite de son prix de revient. Parfois bien plus bas, et parfois, mais rarement, il explosait de joie dans sa vielle 4 l. Quelques liasses de billets bien serrés dans le fond de sa poche lui tenaient chaud, et le rassurait pour quelques temps.
- Maman me disait il, ainsi nommait il ma mère, « me foutra la paix. Quelques temps !pas trop ! Le temps de reprendre son souffle, le temps que les billets fassent aussi leur temps, et l’anesthésies, puis elle recommencera.
Quelques notes sifflées sur l’air de la Montagne de jean Ferrat ne laissait plus aucun doute, il avait tout vendu et très bien vendu.
Alors mon frère et lui se sentaient à nouveau d’un courage tout neuf, à toute épreuve, c’est assuré maintenant leur travail va payer enfin, ses moutons sont appréciés, il va réussir et Claude avec ses trois enfants aura enfin un salaire c’est promis. Ils signaient tous les deux un nouveau baille avec les moutons et les maquignons, ça ira mieux maintenant !c’est sûr ! A table alors une bouteille de « vieux pape » venait sceller le renouveau

20 janvier 2008

Mes années France ( épisode 23 )


De cette année là, je me souviens aussi de mon certificat d’étude. Je l’ai eu !
Non sans vanité, gloire débordante et enthousiasme, je me présentais le soir devant mes parents et attendais le bon moment pour leur annoncer ma première grande victoire. J’avais vaincu l’école qui ne me voulait que du mal. A l’époque, avoir son certif c’était important ! Le bout de papier qui change tout, le passeport, le papier qui faisait enfin de moi un gosse normal pas plus bête que les autres, je rentrais dans le rang. J’obtenais mon droit d’asile, de séjour, j’étais Français Ariégeois. Et Dieu sait si je voulais être comme tous. Je n’étais plus le pied noir rapatrié mais Patrick de Serres sur Arget le petit qui a eu lui aussi comme les autres, son certificat d’étude !
Je farfouille et triture le plus profond de ma mémoire à la recherche de cet instant magique et merveilleux bien enfoui. Je me désole de ne pas y trouver un sourire, une félicitation, un « bravo petit, nous sommes fier de toi ! »
Sans doute alors, suis-je allé dans ma chambre, blogger mon cahier intime et lui jeter en pâture père et mère. De rage !
Je rentre en 6ème,………………non plutôt c’est la 6ème qui m’aspire !
Ce qui me surprit le plus, c’est de ne pas avoir été inscrit au pensionnat, mais seulement comme demi-pensionnaire. Cela me parut louche, j’attendais avec appréhension, du jour au lendemain le contre ordre. Il n’était pas dans leurs habitudes de me garder si près d’eux. Mon passé douloureux de pensionnaire trop précoce m’en est témoin. Je ne me souvenais que trop bien des nuits sans nuits du lugubre lycée de Meknes.
J’en bavais intellectuellement, trop dure cette sixième !
Du moins, appelons cela plus simplement, je n’avais pas du tout le niveau. À 11 ans en sixième ce n’était déjà pas un exploit. Mais la faute à qui ?
Qui a oublié de m’envoyer à l’école pour ne s’apercevoir qu à sept ans qu’il était temps d’y penser !
Qui m’avait déraciné et rempoté chaque année dans des écoles différentes ? Midelt, Mibladen, Meknes, Serres sur Arget. Un terreau nouveau à coloniser tous les ans.
Je ne pouvais que leur en vouloir. De ma mère, je le comprenais, elle n’avait quasiment jamais été à l’école. Jeune, orpheline, elle apprit plutôt à garder les moutons en Auvergne que les tables de multiplication ou la littérature française. Une main d’œuvre bien peu coûteuse ! Juste le prix de la nourriture et du foin dans la grange qui lui servait de literie, pardon de lit douillet et de chambre à coucher spacieuse.
Mon père, par contre lui, était un puits de science ambulant, ce ne sont pas non plus les années d’études qui le forgèrent, mais il avait réussi son certificat d’étude en étant le second du canton.
A cette époque, 1915, un certificat d’étude valait sans problème un bac actuel. Des preuves ! Vous voulez des preuves ! Il aurait battu pour nombre d’entres vous et moi de même à la dictée de Pivot. Plus tard seule ma femme osait le provoquer en duel à la dictée, elle était secrétaire, et semble t’il excellait en orthographe. Je les revois tous les deux s’échauffant avant l’émission, lui tranquille, sûr de sa force et de son certificat d’étude à l’ancienne, elle bardée de diplôme à l’école privée « Pigier ».
Pivot arrive, le match commence, le stylo dans les starting-blocks, ils attendent. Pivot commence, le silence s’empare de la pièce. Moi j’avais toujours mal à la tête, ou bien avais-je un livre à terminer pour ne pas participer à ce duel dont je connaissais malheureusement l’issue fatale. C’est cela, j’avais toujours quelque chose d’urgent à terminer, et cela n’attendait pas. Je m’éloignais. Sournoisement, je les enviais. Du coin de l’œil, et du bas de ma honte je guettais cet homme à la télé qui parlait si bien. Il me faisait à nouveau penser à mon instituteur qui tentait par tous les moyens de nous guider sur la terminaison de mots en les prononcent bien intelligiblement, et insistant sur les terminaisons. J’aurais aimé être des leur, être de celui qui tente un jour la dictée de Pivot. Un rêve comme le voyage de la Mecque pour un Musulman, ou la route 66 pour un motard.
Posez les stylos. La correction.
Des Ha ! Ho ! Merde ! Et pourtant je le savais ! Des passés du subjonctif plus tard, et des participes passés ou présent placés avant ou après. Des choux, poux, cailloux, genoux, plus tard. Des verbes du 1er deuxième ou troisième groupe plus tard, et toutes les exceptions à la règle plus tard, et après avoir évité les piéges de l’académie française, mon père gagnait. Comme toujours. Sauf une fois. Ce jour-là il devait être ailleurs. La victoire modeste, il offrait toujours son coup à boire, et lancé un nouveau défi, à l’année prochaine !
CQFD le certificatif d’étude à l’ancienne, c’est du bon !
Il était incollable en histoire de France. Pouvait réciter jusqu'à la fin de sa vie, les cantons, chefs lieu de canton, les départements français
Il lisait tous les soirs en partageant à égalité ses longues lectures nocturnes avec un ulcère à l’estomac, et des crises de paludisme, vestiges de ses années marocaines, qui le rongeaient sournoisement peu à peu, en douceur, sans bruit.
Il était incollable sur les grands hommes, ou du moins ceux qui avaient marqué leurs temps, choix éclectique comme Napoléon, Jean Moulin, Lafayette, Pompidou, Churchill, De gaulle etc….
Lui aurait pu s’occuper de moi. Je comprenais aussi que le temps libre ou vacances ne faisaient plus parties de son quotidien, de ses préoccupations. Jamais arrêté, jamais en repos. De sa vie française, il n’est plus jamais allé à la pêche, ni à la chasse, et je ne me souviens pas l’avoir entendu dire qu’il prenait la journée pour se reposer.

09 janvier 2008

Mes Années France (épisode 22)

L’école recommença. Jacques Brel fait ses adieux, California Dream me fait pleurer, Dutronc en réclame encore plus « Et moi ! Et moi ! Et moi ! » Belphégor hante mes nuits.
J’étais à présent chez les grands au CM2 et préparais mon entrée en sixième à FOIX. L’instituteur reprit son entreprise de construction, il bâtit peu à peu un môme puzzle en entier.
J’eus le droit cette année là à sa seule punition. Mes parents s’étaient absentés, je devais rentrer à la maison et me faire à manger tout seul. J’avais eu en récompense une pièce de un franc. Je crois même que cela ne m’aurait pas gêné qu’ils absentent tous les midis contre une pièce de un franc.
A la recréation avec ma pièce bien au chaud au fond de ma poche, je quittais l’école accompagné de mes amis. Nous étions attirés, aspirés même par l’odeur des friandises de la vielle dame de Serres qui tenait le bureau de tabac. Le dernier commerce avec l’épicerie sur la place du village. Ma première école buissonnière.
Nous entrons, la porte sonne, la vieille dame s’approche, je montre ma pièce :
« Je voudrai pour un franc de bonbons. »
« Un franc, d’un coup ? En une fois ? C’est beaucoup ! Tu es sûr ? »
« Oui madame. »
Je me demandais si elle n’était pas en train de penser que cette pièce je l’avais volée. Je n’avais jamais auparavant dépensé un seul centime de bonbons dans sa boutique.
« Alors, choisis mon petit » me dit-elle presque à regret, toujours méfiante. Sûr qu’elle en parlera à mon père, la mégère, je le vois dans ses yeux interrogateurs qui déjà me condamnent.
Devant nous des grands bocaux fermés, transparents, aguichants le chaland. Des couleurs, des odeurs, et la promesse d’un futur proche à « se niquer les dents » comme le dit si bien Renaud.
Du doigt, je montrais, Carambar, Malabar, pochettes surprises, réglisse en rouleau, en bâton, torsades ou pas, fourrés de rouge, de jaune, de vert. Mes yeux ne suivent plus mes gestes, ils brillent et mon ventre est gros du plaisir qui l’attend, je demande à mes amis
« Que voulez vous ?»
Nous recommençons. Des carambars, des bonbons durs, tendres, moûts, des qui font mal au ventre, des qui vous collent les dents, des qui sifflent, des avec un bâton au milieu. Des surprises à ouvrir,
Des ……………….………….
« Il me reste encore des sous, Madame. »
« Oui encore un peu, continue »
Le premier sac plein, nous attaquons le second. Non pas de gâteau ma mère m’en donne ! Du chocolat plutôt, en barrette, blanc et noir, des …..
« Stop, tu en as pour un franc, mon garçon. »
Ouf ! Nous commencions à nous fatiguer et la classe va bientôt reprendre !
Le partage commence, chacun, discipliné attend sont tour et sa poignée de plaisir.
A l’école, le maître nous attrape dès l’entrée, près du portail, la bouche pleine de ces nouveaux bonbons tout mous, les mains chargées du trésor, les yeux ronds et le souffle court de la peur qui soudainement nous tenaille l’estomac, à moins que ce soit les bonbons avalés en force, sans mâcher.
« Donnez moi ça Patrick, vous n’avez pas honte de gaspiller! »
Il me vola !
« Et j’en parlerai à vos parents. »
Il me tua !
Surtout ne pas en parler à mon père ! Il juge très vite, trop vite. Je suis déjà condamné !
Je ne pourrai lui expliquer que cette pièce de un franc c’était pour moi ma première liberté. Celle d’offrir aux copains, de décider tout seul. Ma première pièce, mon premier cadeau depuis le Maroc, j’en fais ce que je veux, c’est pas gaspiller c’est partager, donner, aimer.
Il n’en parla jamais à mes parents. A la fin de la journée, il m’appela, une fois seuls, lui et moi, il me tendit mes bonbons. Je ne me souviens pas de ma réaction, mais si je me connais bien, je n’ai pas du dire merci, trop fier ! Trop con ! J’ai du le regarder dans les yeux et accompagner ma gratitude d’un sourire rapide.
« Il fait le geste qu’il faut ce petit, il faut vite le détecter c’est tout » disait le vieux de Layrole.

02 janvier 2008

Mes années France ( épisode 21 )

Ces sacrés moutons que je malmenais parfois, souvent même, tant ils m’en ont fait voir. Les coups de faux rageurs pour nettoyer et extirper genets et fougères. Les prés à présent reconquis par la force et le courage. Les forêts où j’allais ramasser selon les saisons, champignons, châtaignes, pommes dans les vergers abandonnés dont le vieux monsieur m’avait parlé, et même fraises sauvages. J’en connaissais les moindres recoins, les moindres secrets qu’elle avait bien voulu partager avec moi. J’aimais plus que tout cet univers rassurant qui fonctionnait comme un régulateur.
C’était le matin le plus beau, en été surtout, même si été et Layrole rimaient malheureusement avec fourrages et travail.
Très tôt, juste à l’instant magique où le soleil a rendez-vous avec la montagne refroidie par la nuit, les premiers rayons effleurent les prés qui s’ébrouent et se chauffent au plus vite. La rosée disparaît peu à peu, l’herbe se sèche, on peut sortir les moutons.
Les jours où je gardais les moutons, j’ouvrais la bergerie, j’allais les accompagner vers les prés gagnés sur le maquis, un bien joli coin où je savais l’herbe en abondance. Les chiens depuis qu’ils étaient montés dans la voiture à Serres, n’attendaient que cet instant, celui de prendre en charge le troupeau, de deviner le plus rapidement possible l’endroit choisi pour aussitôt se mettre à mon service.
Ils n’avait d’yeux que pour mes signes de commandements, ils exécutaient l’ordre et souvent venaient chercher une caresse réconfortante et encourageante. Ils ne cherchaient qu’à repartir en manœuvre, en rajouter pour m’être agréable. Dés que l’un d’entre eux avait subtilement deviné où nous allions, il le faisait savoir aux deux autres, et mon travail s’arrêtait là, les chiens prenaient le troupeau en charge. Je marchais devant, eux balayaient l’arrière, l’oeil attentif, le nez pointé vers l’avant, vigilants à mes ordres, prêts à ramener les brebis fugueuses ou buissonnières. Les trois chiens de père en fille canalisaient cette bande désordonnée pour la transformer en quelques minutes en un régiment en ordre de marche.
Une fois sur place, je pouvais m’installer, m’asseoir, choisir un excellent point de vue, dominer le troupeau et rêver. Au loin, les Pyrénées, amies fidèles. Et je ne m’ennuyais jamais.
Je décidais seul de l’endroit où aller faire paître le troupeau. Je passais de temps à autre devant la maison de notre septuagénaire lorsque je les emmenais vers les « Fautils ».
Au fait comment se nommait-il ?
Je suivais des yeux en avançant cette bâtisse désormais fermée, désarmée à nouveau devant la vengeance des ronces et fougères. Je laisserai les moutons brouter de temps à autre, ils tiendront éloignés les envahisseurs, et lui la haut j’en suis sûr, en sera tout retourné.
« Ce petit décidemment pas très bavard a toujours le geste qu’il faut, mais faut faire vite pour le voir ou le comprendre » Lui me comprenait.
C’est presque à regret que l’été se termine. Je vais reprendre l’école.
« Les moutons ont bien profités » me dit me père. Je suis très fier de moi

28 décembre 2007

Mes années France ( épisode 20 )

C’est près du restaurant « chez Nine » à la Mouline, que nous avons déposé à nouveau nos bagages. Cela se fit vers la fin de l’année et nous avions pu fêter Noël en famille, Claude mon frère, était là il avait décidé de travailler avec mon père
Lui le matheux solidement armé de deux bacs avait décidé de suivre mon père, et d’embrasser le noble métier d’éleveur de moutons.
Et comme toujours le « coffre fort » de ma mère resta étanche à la fête. Ni son mari, ni ses enfants ne trouvèrent le code secret. Elle n’aimait rien de ce pays. Les gens et le pays le lui rendaient bien. Elle se verrouillera définitivement comme un vieille huître perlière avare de sa précieuse marchandise. Si vous voulez vous imaginer ma mère, surtout n’allez pas chercher le style de Marthe Villalonga dans « Un éléphant ça trompe énormément ». Elle n’est pas du genre « mon fiiiiiiiiiils »!!!!!!! Mais plutôt, proche de la so british Charlotte Rampling.
Elle vivait certes, mais je crois pouvoir dire que ces années là ne comptaient pas ! Ne comptent plus !
Cet été là, j’appris le métier de pâtre. Je remplaçais définitivement mon père. Point de vacances, il fallait aider la famille. Ce morpion vagabond sera bien à l’aise là-haut dans la montagne pour garder les moutons de Layrole. Il aime les bêtes, il sera servit. Il a toujours son lance pierre dans la poche, il s’en servira.
Le matin très tôt nous montions à Layrole mon frère et moi dans la 4L poussive et cabossée de papa. Nous n’avions pas trop confiance dans sa conduite, les quatre ailes froissées et enfoncées nous le prouvaient chaque jour. Aucun de nous n’osait lui dire, tant il nous étouffait par son charisme, son autorité, et parce que chez nous, nous respections notre père.
Pendant ce temps mon frère et mon père eux s’apprêtaient à terminer le plus rapidement possible les parcs à mouton, et nettoyer les parcelles toujours enfouies dans leur passé sauvage.Même si à certains moment j’avoue humblement avoir détesté et haï Layrole pour les vacances que cette ferme de montagne m’avait furieusement dépouillé, je ne m’aperçus pas forcement de suite que les seuls instants où j’étais vraiment bien, en accord complet, mon puzzle reconstitué sans faille, c’était bien là-haut dans ses bras protecteurs, dans les près, en gardant les moutons. Cette propriété m’avait sournoisement envoûté sans que je ne m’en rende compte

22 décembre 2007

Joyeuses Fêtes


A tous que cette fin d'année vous soit agreable et pleine de joie
Que de la nouvelle naisse enfin la paix des hommes du nord au sud , et des toutes les croyances
Longue vie aux hommes de bonne volonté
amities
patrick
P.S: Ma chatte doit etre tres croyante et se joint a moi

16 décembre 2007

Mes années france ( épisode 19 )

Layrole devenait chaque jour un peu plus le refuge et le confident des rêves perdus de mon père et de ses nombreuses désillusions falsifiées.
Je crois moi que mon père avait Layrole pour « mère ». Il aimait trop cette terre pour ne pas y retrouver la relation charnelle, et la consolation de sa mère qu’il n’a pour ainsi dire pas connue, de l’apaisement qu’il cherchait sans trop d’espoir, et qu’il ne trouvait pas dans son environnement proche.
N’y a-t-il pas aussi pour pleurer seul là-haut luttant contre ce sort qui s’acharnait tant sur lui, sur sa maladie qui empirait, sur cette femme qui le détestait et qui pourrait au moins l’aider par quelques mots ou gestes affectifs. Et ce gosse qui s’enferme peu à peu dans un mutisme paralysant, stressant. Que va-t-il devenir ? Il ne devine même plus ce qu’il pense, il semble ne plus avoir de sentiment pour personne, seuls les animaux et la nature semble l'émouvoir.
Ses rêves vagabonds terminés ? Il fixait les magnifiques Pyrénées là-bas au loin. Elles lui rappelaient le moyen Atlas, Midelt l’hiver sous la neige, et El Ayachi sa montagne. Un sourire chemine lentement sur son visage buriné et fatigué. Il devait ensuite se lever, saisir péniblement son bâton, jeter sur ses frêles épaules courbées, la trousse de secours pour les moutons, et partir garder ses animaux. Il les surveillait d’un œil attentif, pendant qu’il défrichait, nettoyait ou construisait des parcs. Il rêvait d’un lendemain enchanteur auquel il continuait de croire désespérément, il n’avait pas d’autres rêves pour continuer à vivre. S’il ne rêve plus, il s’en ira…………….
Mais pour quoi ces rêves de futur ? Et pour qui surtout ? Pour lui seul à présent, pour ne pas mourir trop tôt ? Il pointera son nez à l’aube du XXIème siècle, nous jurait-il un jour.
Nous vivions toujours aux gîtes ruraux de La Mouline qu’il faudra restituer bientôt, et aller vivre ailleurs, l’été approche, et le prix des locations estivales est bien trop élevé pour nous. En attendant que la maison de Serres veuille bien timidement s’ébrouer des ronces que mon père, mon frère et moi tentions de faire disparaître, avant d’entamer la réparation de l’intérieur de son antre.
Peu à peu la craintive nous apparaissait. Bien des décennies cachées à l’ombre de ces plantes voraces l’avaient rendu plutôt méfiante et craintive vis-à-vis des étrangers, et qui plus est, des pieds noirs rapatriés. Mais ceux là semblent bien sympas, ils nettoient et lui rendent sa vie. Elle s’apprivoisera facilement tant elle a envie de montrer à ses voisines espiègles et moqueuses depuis si longtemps, sa beauté et sa splendeur d’antan, elle la maîtresse de ce bourg. Elle exhibera sa plaque 1739, les autres devront s’incliner, elles lui doivent le respect
Notre pauvre voiture servait de tracteur. Elle mourra même un matin de ce traitement singulier. Bien triste fin que celle d’un véhicule qui avait su si bien nous rapatrier en France sans broncher, ni rechigner à la tâche. Triste mort que celle de cette Taunus. Elle expurgera sa peine comme toutes les voitures de paysan à l’abri des regards moqueurs dans un champ bien loin, rongée par la rouille vengeresse, et camouflée du déshonneur par les ronces qui ne manqueront pas de se venger. Elle sera remplacée sans une larme, par l’inusable 4l Renault.
Ainsi va cette année 1965. Le couscous, tajine, méchoui, merguez, Enrico Macias et Marthe Villalonga ont pacifiés la France au nom des pieds noirs. Nous sommes devenus des curiosités culinaires très mode, des chanteurs nostalgiques, et des mères excessives. Le français rigole bien, mange bien, l’intégration fait son chemin lentement dans les esprits grâce à eux.
Johnny épouse Sylvie, France Gall n’est qu’une poupée de cire, pour Herve Villard Capri c’est fini, enfin, Jean Ferrat pleure le Potemkine
Le déménagement vers notre nouvelle maison à Serres ne se fera pas encore. Le temps manquait et la maison n’était pas encore totalement habitable.
L’argent aussi nous manquait cruellement, j’entendais parler de se « serrer la ceinture »…... d’économiser…… de faire attention……… Que des mots qui me mettent mal à l’aise ! Dont je ne comprends pas forcement bien les conséquences.

09 décembre 2007

Mes années France ( épisode 18 )

Voyons,……………….. la parcelle 132548a.
L’oeuvre destructrice du temps qui n’en fait qu’à sa tête, était passée par là. Rares furent les parcelles déclarées plusieurs décennies auparavant en terres cultivables ou prairies naturelles, à ne pas être redevenues sauvages, reconquises impunément et patiemment par les armées de châtaigniers, les fougères, les ronces ou les genets.
Je cherchais le trésor. Où pouvait-elle bien être cette parcelle ? Je dirigeais toujours mon enquête en premier vers les numéros les plus proches des taches jaunes déjà conquises. J’étais si heureux qu’elle puisse agrandir encore un peu ma zone de coloriage, et qu’elle continue à garnir laborieusement mon cahier de coloriage géant.
Parfois je devais m’éloigner un peu, cherchant dans l’immense désert des numéros perdus le bon numéro, celui que j’allais avec enthousiasme et méthode colorier de jaune. A l’approche de mon crayon, j’entendais bien les parcelles s’agiter espérant chacune d’elle être l’élue, celle que nous venions d’acheter. Elles levaient le doigt. Moi ! Moi ! Moi ! C’est moi le 132548a. Point de tricherie ! Je continue mon enquête. Déçues de ne pas être de la liste, déçues de ne pas avoir été achetées, synonyme de résurrection, elles attendraient patiemment le prochain achat, c’est certain, ce pied noir un jour ou l’autre possédera toute la montagne.
Fougères, ronces, arbustes désormais indésirables devaient abandonner sans conditions ces parcelles avant que les moutons rageurs et gourmands ne reviennent, et ne lui redonnent la splendeur de prairie d’autrefois.
Les colchiques bleus du printemps, les marguerites blanches, pissenlits jaunes, en été reviendront à nouveau pacifiquement les coloniser.
J’étais fier quand le numéro se trouvait proche d’un îlot déjà repéré par sa couleur, preuve irréfutable pour le gosse que son papa avançait lentement, mais sûrement dans sa quête. Certain que peu à peu, tout mon cahier serait tout jaune un jour. Happy end !
Mais aussi railleur quand le jaune se trouvait à perpette, au diable Vauvert. Si loin qu’il fallait aller chercher un autre plan cadastral. J’en faisais la remarque à mon père en gérant méticuleux de la mission confiée à son enquêteur particulier.
« Je n’avais pas le choix fiston, si je veux un jour transformer cette montagne difforme et perdue en propriété digne de ce nom, il faut tout prendre. Un jour qui sait, nous arriverons jusqu’a cette parcelle isolée qui te tracasse ».
Ragaillardis par ses mots, je me fixais l’objectif moi aussi qu’un jour j’irai colorier toute la carte et que c’était pour mon papa que je faisais cela. Je découvris avec plaisir et jouissance l’instinct de propriété, le plaisir de posséder un chez soi, un truc à soi que vous avez gagné par le travail, le temps, et la patience d’avoir su attendre.
Il ne restait à présent qu’un seul habitant au village. J’aimais le rencontrer, bien que je le vis plus souvent blotti dans sa chaise au coin du feu que dehors. Il me paraissait très vieux, très pauvre et presque cassé en deux par la solitude.
« Il fut un temps, fiston, vers 1900, me contait le dernier septuagénaire du village, il y avait ici presque 300 moutons et 800 vaches. Nous étions plus de 20 familles. Il n’y avait que des prés et quelques forêts bien entretenues pour le bois, les châtaignes, les champignons et l’abri naturel que ces vastes étendues nous apportaient. Aujourd’hui, les ronces et les genets reprennent possession du village. Les toits s’écroulent et les habitants ont fui. Il ne reste que moi et ma solitude, après ce sera la fin ».
Une larme de sa jeunesse et de son passé glissa lentement le long de sa joue, de son visage buriné et amaigri par les souvenirs qui le tenaillaient. Ses yeux trahissaient soudainement sa longue attente pour aller rejoindre les siens là-haut. Ceux d’avant, les « Paougagnous », (les gagne peu) les………….je ne m’en souviens pas de noms en patois, j’aimerai parler patois, et utiliser comme lui ces diminutifs affectifs, plus usités que les noms de famille. Ceux qui donnaient la vie au village, ceux qui entretenaient durement et inlassablement, les prés, les murettes et les bois. Le rude paysan de la montagne qu’il fut resta silencieux, me regarda gentiment, affectueusement je crois, semblant me dire, « je suis fatigué aujourd’hui, reviens demain ».
Je me retirai en silence de cette maison sans lumière. Avait-il seulement l’électricité ? Je ne sais ! La cheminée semblait être le centre de son univers. Elle cuisait sa maigre soupe, grillait les châtaignes que je lui portais de temps à autres, au grès des lieux où j’allais garder les moutons. Il y vivait, assis sur une chaise basse qui lui permettait de se glisser sous l’immense hôte qui le protégeait, telle une couveuse en recherche de maternité bienfaitrice.
Tous les jours, quand je passais devant sa maison avec mes moutons, je m’arrêtais chez ce vieil homme attachant qui me racontait la vie et les légendes de Layrole, celles d’avant la fin de son monde, celles d’avant l’exode, celles quand il était jeune et fort bien sûr, celles de la guerre où même ici des jeunes ne sont jamais revenus du Chemin de Dames ou de Verdun.
« Ils étaient rudes nos garçons, rudes au froid, à l’effort, pas bien malins, faciles à commander, faciles à livrer en pâture aux canons ».
Notre vieil homme n’attendait plus qu’un seul cadeau de la vie, il attendait que le temps fasse son effet, le plus rapidement possible. Le silence gagnait la pièce engourdie par le froid dés que l’on s’éloignait de la cheminée. Je respectais religieusement son deuil, il devait revoir ces braves gars……………Après un soupir, il reprenait : « Avant, c’était trop dur. Tu vois, même ton père tous les jours avec sa 4L, il en bave. Je le regarde parfois, dommage qu’il ne soit plus si jeune, il en aurait abattu du travail, je suis sûr qu’avant la fin il aura refleuri tout Layrole.
Imagine-nous, quand il fallait, à pied ou en carriole à vache, descendre à Serres pour acheter quelques rares besoin. Un vêtement devenu si vieux qu’il ne restait plus qu’à rapiécer les pièces. On achetait aussi des clous, du vin, un outil, du sucre et encore pas tous, ferrer les vaches, ou vendre une bête !
Pour le reste on se faisait tout. L’huile, c’était le gras du cochon, des canards ou des oies que l’on conservait dans des « grichets ». Le savon, un mélange de cendre et de graisse. Les seuls fruits, les pommes et poires de nos vergers. On fabriquait des ballais avec les branches de genets. Les poules, les canards, les lapins et le cochon c’était la viande. Les œufs complétaient notre pitance Les légumes venaient tous de nos malheureux jardins. Ici on avait au moins trois semaines de retard sur la plaine, souvent le gel et le froid des hivers précoces nous volaient nos récoltes.
Tu as remarqué les fours dans les maisons ? Cette bosse dans le mur ? Et bien, nous y faisions cuire le pain une fois par semaine, parfois même pour le mois. La farine venait du blé, de l’avoine, ou du seigle du « Plat » la seule parcelle un peu moins pentue que les autres. Tu la connais ? Elle se situe sur le chemin qui mène à Sahuc. La vie était dure. Mais quand même, nous n’avons jamais eu trop faim. Et puis, j’étais jeune ».
A nouveau, il se fatiguait, ou bien était-il rattrapé par sa nostalgie qui lui serrait la gorge. Les mots se faisaient attendre. Sa voix de plus en plus douce s’interrompait lentement jusqu'à ne plus être audible. Je repartais doucement. Il s’endormait je crois sur sa chaise près du feu, si près qu’un matin je le trouvais face contre terre, il avait rejoint ses amis. Le feu l’avait en parti consumé.
Il ne n’avait jamais parlé de son présent, de ce qu’il aimait ou de ce qu’il détestait. Avait-il de la famille ? Des parents ? Avait-il été marié ? Avait-il eu des enfants ? Pourquoi était-il resté si seul dans ce village sans âme ? Pourquoi, comme les autres, n’avait-il pas rejoint un parent qui l’attendait à la ville ? C’est maintenant qu’il n’est plus là que je me pose toutes ces questions! J’aurais pu, si je n’avais pas été si égoïste le questionner sur sa vie à lui.
Peut-être, avait-il envie de m’en parler, peut-être même a-t-il vainement tenté de le faire et s’est ravisé, se doutant que mon attirance vers lui ne venait qu’exclusivement de son passé. Alors pour ne pas me perdre, il s’était sacrifié à l’hôtel de mon orgueil. Il était sûrement content que ce jeune gosse d’à peine 11 ou 12 ans s’intéresse à lui. Il y a bien trop longtemps qu’il ne parlait plus qu’à son chat, et encore seulement les jours où ce sauvage mal dressé choisissait la douceur de la cheminée et les genoux cagneux de son maître, plutôt que la cour effrénée qu’il menait régulièrement aux chattes du village redevenues sauvages.
Le lendemain, un véhicule spécialisé l’emporta vers ses amis qui l’attendaient patiemment là-haut, les bras ouverts, il ne manquait plus que lui !
Tu en as mis du temps !
T’étais si bien en bas ?
Je ne sais même pas s’il y avait une seule personne à son enterrement. Moi je n’y étais pas, je ne sais plus pourquoi.

06 décembre 2007

Un grand merci à tous

Un souvenir
Au milieu le mouflon qui a rencontré ma mere
au centre ma mere la "tigresse au fusil"
A droite mon frangin
En haut a gauche "le chasseur de l'Atlas
A droite droite" la pigot pied noir"
Je viens de dépasser les 10 000 visites, depuis un an je n’en suis pas fier, mais je n’en suis pas indifférent non plus
Le vous remercie à tous, de vos passages avec ou sans messages
Je remercie particulièrement
Les habitués
Les abonnés
Ceux qui sont devenus je crois nos amis, mes amis. (Sans aucun ordre)
Claude : http://saliberte.unblog.fr/
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Et Josie, Majid blal qui n’ont pas de blog et qui me rendent aussi de belles visites
A tous que vos blogs illuminent la blogosphere
Je vous apprécie (aime) parce que vous avez je crois un point commun
« Une belle et grande ouverture d’esprit prélude à la tolérance »
Encore merci de vos passages et vos commentaires
Votre modeste blog « pas a pas »

02 décembre 2007

Mes années France (épisode 17)

Ce qui ne changeait pas c’était le caractère exécrable de ma mère, qui de plus en plus s’enfermait dans un drôle de mutisme exacerbant et inutile. Elle n’en sortait que pour étaler ses nauséabondes critiques à mon père, qui lui n’avait plus qu’une seule idée en tête, s’en aller le matin de bonne heure pour aller travailler la petite ferme que nous avions achetée, là-haut en montagne à Layrole. Il n’en revenait qu’à la nuit, espérant que ma mère avait dans la journée vidée son seau de fiel jusqu'à la lie.
Sans doute le travail ne manquait-il pas la haut, je crois aussi que dans les pâturages de Layroles, il y était bien, il pouvait à son aise seul, s’évader de France, retourner, revenir sur ses pas, chercher la trace encore fraîche de son bonheur ; jadis à Timexaouine, Imintanaoute, Midelt,………. il était jeune…………et la vie y était belle…………..
Le travail avançait et la fatigue se faisait toute petite pour le laisser gambader dans la foret des singes, saucer l’huile chaude du moulin, chausser ses Pataugas et s’en aller à Arbalou N Serdane ou Boumia.
Le village de Layrole est situé à environ 700 mètres d’altitude, et à environ 5 km de Serres sur Arget, en direction du col des Marrous. La route goudronnée vous abandonne à l’intersection avec la route de Sahuc le village voisin. A partir de cet instant il fallait être prudent tant la route était en mauvais état surtout en hiver où le risque d’accident vous guette à chaque virage.
Mon père avait acheté cette propriété sans la voir, sur plan. Il n’a jamais imaginé qu’elle se situait en montagne. Les collines et les bosses s’étaient camouflées sur le plan cadastral que l’agent de la mairie lui avait envoyé au Maroc. Elles se découvriront par la suite.
Je crois aussi que ces terres malignes et abandonnées, pauvres et oubliées de tous, se sont faites toutes plates sur le plan cadastral pour attirer ce doux rêveur de français qui allait leur redonner leur liberté et leur splendeur d’antan. Comme les animaux d’un refuge devant l’adoptant potentiel, elles se sont faites belles, et suppliantes, le grand jeu de la séduction.
Quand je dis « achetées » ce n’est pas tout à fait exact, il avait plutôt reconstitué avec le temps un semblant de terres qu’il avait réunies à nouveau, et qui très modestement pouvaient s’attribuer le nom de propriété. Il commença son immense patchwork parcellaire en 1965. Petit morceau par petit morceau, années après années, rêves après rêves, avec patience et minutie.
Il ne cherchait qu’à acheter les terres agricoles, mais les propriétaires locaux, chanceux de trouver un acheteur si rare depuis l’exode rural, exigèrent tous, que les maisons soient solidaires des terres. C’est contraint qu’il acheta terres et maisons, parfois dans un état de délabrement avancé, se retrouvant ainsi à la fin de son œuvre de reconstruction propriétaire de 75 ha, de 17 maisons, et 124 numéros de parcelles.
Un immense puzzle grandeur nature.
Les maisons frileuses en granit local gris et triste se tenaient au chaud, serrées les unes aux autres, coude, à coude à flan de coteau, le dos adossé à la colline. Les toits de tuile souvent invisibles, ravagés et camouflés par la mousse, ne dépassaient guerre la hauteur du talus pour mieux se protéger du vent mordant des trop longs hivers carnassiers.
Elles se rejoignaient toutes en un point le lavoir, papotaient un peu sur le salle temps et le brouillard, se serraient la main en signe d’amitié et de solidarité. Puis de là sur deux longueurs toujours côte à côte, en forme de V, allaient conquérir la colline protectrice.
Seules deux maisons étaient isolées. Fâcherie familiale ? Etrangers refoulés ? Sorciers ?
Je me souviens qu’à cette époque, à la sortie de chez notaire, il me confiait dès que nous arrivions à la maison, les numéros des parcelles achetées. J’allais dans l’armoire sortir le plan cadastral de Layrole, je saisissais toujours le même crayon de couleur jaune et menait mon enquête.